Cheap Thrills, Big Brother and the Holding Company (1968) : Janis Joplin met le feu au blues et brûle la scène
Août 1968. Un album avec une pochette iconique dessinée par Robert Crumb, le roi du comix underground. Un groupe bancal et bruyant de San Francisco qui joue approximativement mais avec une énergie volcanique. Et une chanteuse qui interprète le blues comme si elle avalait du verre pilé mélangé à du bourbon frelaté et de la nitroglycérine pure. Cheap Thrills est l’album qui a fait de Janis Joplin une superstar mondiale, et c’est aussi l’album qui a prouvé qu’une femme blanche du Texas pouvait chanter le blues avec autant d’authenticité, de puissance et de viscéralité que n’importe qui sur cette planète.

La voix qui brise les murs de béton armé
La voix de Janis Joplin est un phénomène naturel inclassable. Ce n’est pas une voix technique et polie, c’est une voix viscérale et sauvage, un instrument de douleur brute qui sort des tripes les plus profondes et vous attrape à la gorge sans prévenir. Sur Piece of My Heart, le hit indestructible de l’album, elle hurle « take another little piece of my heart » avec une intensité qui frise la violence physique et l’autodestruction en direct. Sur Ball and Chain, le blues monumental de Big Mama Thornton étiré en douze minutes de performance live hallucinante, elle atteint un état de transe chamanique qui laisse l’auditeur épuisé et bouleversé.
Je chante avec tout ce que j’ai. Quand je quitte la scène, il ne reste plus rien de moi. C’est pour ça que je bois. Pour remplir le vide.
Fun fact de pochette : Columbia Records voulait absolument une photo glamour du groupe sur la couverture. Janis insista avec une détermination féroce pour la BD de Robert Crumb, l’artiste underground de San Francisco. Le résultat est l’une des pochettes les plus iconiques de l’histoire du rock, un dessin comique délirant qui représente chaque morceau de l’album dans un style underground hilarant et décalé, comme une planche de BD hallucinée.
L’album est un mélange audacieux de studio et de live, le groupe n’étant pas assez discipliné pour les conditions de studio selon le producteur John Simon. Summertime de Gershwin est réinventé en slow blues douloureux d’une beauté déchirante. Combination of the Two est un rock furieux et débraillé. L’ensemble est brut, imparfait, glorieusement vivant et chaotique. Exactement comme Janis elle-même.
Janis Joplin mourra d’une overdose d’héroïne en octobre 1970, à 27 ans, seule dans une chambre du Landmark Motor Hotel à Hollywood. Cheap Thrills est son testament le plus puissant et le plus viscéral, la preuve incandescente qu’une petite fille mal dans sa peau de Port Arthur, Texas, pouvait brûler plus fort que n’importe qui dans l’histoire du rock.
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