1971 Album

Pearl

par Janis JOPLIN

4,0
Sortie 1971
Genres blues rock · hard rock

Janis Joplin. San Francisco, octobre 1970. La séance d’enregistrement se termine. Janis Joplin rentre chez elle au Landmark Motor Hotel de Hollywood. Le lendemain 4 octobre 1970, elle ne revient pas au studio. Elle avait 27 ans. Le producteur Paul Rothchild, les musiciens du Full Tilt Boogie Band, et la maison de disques Columbia devaient maintenant décider quoi faire des enregistrements inachevés. Ce qu’ils ont fait est « Pearl », l’un des albums posthumes les plus importants et les plus beaux de toute l’histoire du rock.

Janis Lyn Joplin est née à Port Arthur, Texas, le 19 janvier 1943. Sa voix, d’un rauque et d’une expressivité qui n’avaient aucun équivalent dans la pop ou le folk américain de son époque, lui avait valu une reconnaissance et une adoration qui n’allaient pas sans leur part d’incompréhension et de solitude. Elle était trop grande, trop visible, trop puissante pour que ses contemporains sachent simplement l’écouter. Et sous cette puissance, il y avait quelqu’un de fragile que peu de gens avaient pris la peine de regarder.

« Me and Bobby McGee » est devenue sa chanson la plus connue, une ironie douloureuse puisqu’elle ne l’avait pas composée. Kris Kristofferson, le songwriter texan qui était en train de devenir l’un des poètes les plus respectés de Nashville, avait écrit cette road song sur la liberté et la perte avec une économie de moyens et une profondeur qui en font l’une des grandes chansons américaines du vingtième siècle. Dans la bouche de Joplin, cette chanson de liberté acquiert une dimension particulière : c’est le chant d’une femme qui a vraiment tout abandonné pour suivre sa musique, et qui en connaissait le prix.

« Mercedes Benz » est une comptine a cappella, deux minutes de voix seule, un blues humoristique sur la consommation et la prière que Joplin avait improvisée avec ses amis. Paul Rothchild avait choisi de la laisser sur l’album telle quelle : juste la voix de Janis, sans accompagnement, dans toute sa nudité et son humour. C’est peut-être le moment le plus déchirant de l’album précisément parce qu’il est le plus simple.

« Cry Baby » et « Move Over » montrent Joplin au sommet de sa puissance vocale, cette voix de blues blanc texan qui avait réinventé ce que signifiait chanter du rock pour une femme blanche américaine. Ces chansons sont du pur gospel converti en rock and roll, avec une conviction et une urgence qui donnent l’impression que chaque note est jouée pour la dernière fois. Ce qui, rétrospectivement, était le cas.

Le Full Tilt Boogie Band avait travaillé avec Joplin pendant toute l’année 1970. C’était son groupe le plus professionnel, le plus rodé, le mieux adapté à son style. Contrairement à Big Brother and the Holding Company, qui était avant tout le véhicule du chaos psychédélique, le Full Tilt Boogie Band offrait à Joplin le support technique nécessaire pour que sa voix soit au centre de tout.

« Pearl » est sorti en janvier 1971 et a atteint la première place des charts américains. « Me and Bobby McGee » a été son seul single numéro un. La reconnaissance posthume qu’elle n’avait pas eu entièrement de son vivant est venue avec une brutalité qui dit quelque chose sur la façon dont la culture populaire traite ses artistes les plus exceptionnels.

Sur X : @janisjoplin

La note des passionnés

4,0 /5

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