Cardiff Rose
par Roger McGUINN
Roger McGuinn est l’homme qui a inventé le son de la guitare folk-rock. Sa Rickenbacker 12 cordes sur « Mr. Tambourine Man » des Byrds en 1965 est l’une des sonorités les plus immédiatement reconnaissables de toute l’histoire du rock, un son qui a défini une époque et influencé des générations de guitaristes. Quand les Byrds se sont dissous en 1973, McGuinn s’est retrouvé seul avec son nom et son talent, à réinventer ce qu’il était en dehors du groupe qu’il avait fondé. « Cardiff Rose », son troisième album solo, sorti en 1976, est le moment où cette réinvention prend une forme particulièrement convaincante.
Le choix de Mick Ronson comme producteur est la décision la plus surprenante et la plus heureuse de cet album. Ronson, guitariste et arrangeur qui avait travaillé avec David Bowie sur les albums Ziggy Stardust et Aladdin Sane, apporte à McGuinn une énergie et une façon d’entendre les arrangements qui sont entièrement différentes de ce que le folk-rock californien aurait pu offrir. Il y a dans « Cardiff Rose » quelque chose qui tient à la fois de la tradition folk-rock américaine dont McGuinn est l’un des pères fondateurs et de l’ambition glam britannique que Ronson incarne.
Joni Mitchell chante sur « Friend », l’une des chansons les plus belles de l’album. La présence de Mitchell n’est pas qu’un beau nom sur la pochette : sa voix, immédiatement reconnaissable, dialogue avec celle de McGuinn avec une naturelle qui dit la proximité de deux artistes qui ont grandi dans la même scène folk californienne des années soixante. « Friend » est une chanson sur la loyauté et la durée, et la façon dont les deux voix s’entremêlent illustre musicalement son sujet.
« Take Me Away » est la chanson la plus directement rock de l’album, celle qui montre que McGuinn, même en 1976, avait une énergie et une conviction rythmique qui n’avaient rien à envier aux groupes plus jeunes. Ronson produit ce morceau avec une densité et une présence qui rappellent ses meilleures productions pour Bowie : les guitares sont en avant, la batterie est solide et précise, et l’ensemble pousse avec une urgence qui tranche avec la délicatesse de certains autres morceaux de l’album.
« Rock and Roll Time » est une déclaration d’amour au rock and roll qui dépasse l’exercice de style. McGuinn a grandi avec Chuck Berry et Buddy Holly, a été façonné par le folk de Pete Seeger et Bob Dylan, a inventé avec les Byrds la fusion entre ces deux mondes. Cette chanson ressemble à un bilan heureux, à la reconnaissance que le chemin parcouru depuis les clubs de folk de Greenwich Village jusqu’aux grandes scènes mondiales avec les Byrds a mené vers quelque chose de valable.
« Beautiful » est la pièce la plus intimiste de l’album, une ballade acoustique où McGuinn retrouve les sonorités folk qui sont son territoire naturel, avec des arrangements sobres qui laissent la mélodie et le texte au premier plan. C’est dans ces moments de dépouillement que sa voix, légèrement rauque et immédiatement sympathique, est la plus efficace.
La 12 cordes de McGuinn est présente tout au long de l’album, mais dans des configurations différentes de ce qu’on attendrait de lui. Ronson l’a utilisée comme une couleur parmi d’autres plutôt que comme la signature sonore dominante, ce qui permet à l’album de respirer et d’explorer des textures que les albums des Byrds n’auraient pas nécessairement produits. Cette ouverture sonore est l’un des charmes de « Cardiff Rose ».
L’album est enregistré avec des musiciens de première classe qui incluent des collaborateurs de Ronson et des sidemen new-yorkais habitués aux sessions de qualité. La batterie est particulièrement soignée, avec un son clair et articulé qui sert les arrangements sans jamais les envahir. Les claviers, présents sur plusieurs morceaux, ajoutent une dimension atmosphérique qui enrichit le son global sans le compliquer inutilement.
« Cardiff Rose » n’a pas eu la visibilité qu’il méritait lors de sa sortie. McGuinn n’était plus au sommet de sa visibilité commerciale, et l’album est sorti dans une période de transition où le rock cherchait de nouvelles directions sans avoir encore trouvé lesquelles. Mais pour ceux qui l’ont découvert, il représente l’une des réussites les plus élégantes de la période post-Byrds de McGuinn : un artiste mature qui sait exactement ce qu’il fait, entouré de collaborateurs qui savent l’entendre.
La façon dont « Cardiff Rose » a été reçu à sa sortie illustre une difficulté permanente du rock : les albums qui ne ressemblent à rien d’autre dans le paysage du moment mettent plus de temps à trouver leur public. McGuinn n’était pas le rocker classique que les radios voulaient programmer en 1976, et il n’était pas non plus l’artiste folk-country que son passé avec les Byrds aurait pu laisser prévoir. Il était quelque chose de plus difficile à étiqueter, et cette difficulté d’étiquetage a ralenti sa reconnaissance. Mais les albums qui résistent aux étiquettes sont souvent ceux qui vieillissent le mieux.
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