Roger McGuinn, le retour du troubadour
La Rickenbacker douze cordes la plus celebre du rock etait restee silencieuse trop longtemps. Roger McGuinn, ancien capitaine des Byrds, ce groupe qui avait invente le folk rock et le rock psychedelique dans les annees 60, avait traverse la decennie suivante en discret troubadour, multipliant les concerts en solitaire mais delaissant le studio. Avec « Back from Rio », paru en 1990 apres une longue eclipse discographique, il revient enfin, et avec une energie toute neuve.
Le titre dit bien l’esprit du disque, celui d’un retour, d’une renaissance. McGuinn semble avoir retrouve l’appetit, le plaisir d’enregistrer, l’envie de partager. Et pour l’occasion, il s’entoure royalement. On retrouve a ses cotes ses anciens compagnons des Byrds, Chris Hillman et David Crosby, dont les harmonies vocales raniment instantanement la magie d’antan. Mais le bonhomme regarde aussi vers l’avenir en accueillant des admirateurs prestigieux.
Une garde rapprochee de luxe
Car parmi les invites figurent Tom Petty et Elvis Costello, deux artistes qui doivent enormement a McGuinn et qui viennent ici lui rendre la pareille. Petty, dont le groupe les Heartbreakers a toujours revendique l’heritage des Byrds, coecrit et chante sur certains titres, apportant son energie rock. Cette rencontre entre les generations donne au disque une vitalite particuliere, ce sentiment d’une transmission, d’un dialogue entre le maitre et ses disciples devenus stars a leur tour.
Le resultat est un album d’une grande fraicheur, unanimement salue par la critique et le public. McGuinn y deploie tout ce qui a fait sa marque, ce son de guitare douze cordes scintillant et reconnaissable entre mille, ces melodies folk rock lumineuses, cette voix claire et chaleureuse. Sans chercher a coller aux modes de son epoque, il livre une musique intemporelle, fidele a ses racines, qui prouve que son talent etait reste intact malgre les annees de silence.
Ce qui touche dans ce disque, c’est l’evidente sincerite du propos. McGuinn ne cherche pas a prouver quoi que ce soit, ne court pas apres un succes commercial. Il fait simplement la musique qu’il aime, entoure des gens qu’il respecte, avec une serenite qui transparait dans chaque morceau. Cette absence de calcul, cette generosite, donnent a « Back from Rio » une chaleur particuliere, celle des disques faits par plaisir plutot que par obligation.
L’heritage des Byrds, ce groupe fondateur qui a tant influence le rock, plane evidemment sur l’ensemble. McGuinn fut l’un des grands inventeurs du son californien, ce mariage du folk de Dylan et de l’energie des Beatles qui a tout change. « Back from Rio » rappelle cette grandeur sans jamais sombrer dans la nostalgie passeiste, prouvant que les pionniers ont encore des choses a dire bien apres l’age d’or de leurs exploits.
Beau disque de retrouvailles et de renaissance, « Back from Rio » merite une place de choix dans la discographie de son auteur. Il y a quelque chose de reconfortant a entendre cette guitare douze cordes resonner de nouveau, comme un signal venu d’une epoque benie. A redecouvrir pour la qualite de ses melodies et le plaisir de ces retrouvailles entre legendes. La preuve qu’un grand troubadour ne raccroche jamais vraiment sa guitare, et qu’il revient toujours quand on l’attend le moins.
L’heritage des Byrds
Pour comprendre l’importance de Roger McGuinn, il faut se souvenir de ce que furent les Byrds. Dans les annees 60, ce groupe a litteralement invente le folk rock en electrifiant les chansons de Bob Dylan, puis a ouvert les portes du rock psychedelique et du country rock. La guitare douze cordes de McGuinn, ce son scintillant et reconnaissable, a influence des pans entiers de la musique americaine, de Tom Petty a R.E.M.
« Back from Rio » s’inscrit dans cette filiation tout en affirmant une identite propre. McGuinn n’y joue pas les nostalgiques, il prolonge simplement une oeuvre, fidele a ses principes esthetiques. La presence de ses anciens compagnons des Byrds donne au disque une saveur particuliere, comme des retrouvailles entre vieux amis qui n’ont rien perdu de leur complicite musicale ni de leur talent pour les harmonies vocales celestes.
La generation des disciples, incarnee par Tom Petty et Elvis Costello, vient ici saluer le maitre avec respect et affection. Ces collaborations intergenerationnelles temoignent de la place immense qu’occupe McGuinn dans le coeur des musiciens. Il n’est pas seulement un survivant des sixties, mais une influence vivante, un modele que les artistes les plus inspires continuent de reconnaitre et de celebrer.
Beau disque de la maturite, « Back from Rio » prouve que la flamme creatrice peut renaitre apres des annees de sommeil. McGuinn y retrouve l’energie et l’inspiration de ses plus belles annees, sans jamais singer le passe. A redecouvrir pour la qualite de ses melodies et l’emotion de ces retrouvailles, et pour rendre hommage a l’un des grands batisseurs du rock americain. Un retour gagnant, salue comme il se doit.
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