VINYLE
1999 Album

Burn to Shine

par Ben HARPER

4,0
Sortie 1999
Artiste Ben HARPER

Burn to Shine, BEN HARPER (1999) : le grand ecart fait disque

Comment tenir dans un seul album le blues, la soul, le folk, le rock, le reggae, le gospel et meme le jazz des annees 20 ? Demandez a Ben Harper. Paru le 21 septembre 1999 chez Virgin, Burn to Shine, quatrieme album studio crediteé pour la premiere fois a Ben Harper and the Innocent Criminals, est un festin eclectique, un grand ecart stylistique permanent qui ne perd jamais son fil rouge : la voix chaude et l’ame genereuse de son auteur. Un disque caméleon, porte par un artiste qui refuse obstinement de choisir entre ses multiples amours musicaux.

L’homme aux mille influences

Ben Harper est un cas a part dans le paysage des annees 90. Ni vraiment bluesman, ni totalement folkeux, ni complement rocker, il est tout cela a la fois, et davantage. Eleve dans une famille de musiciens, baigne dans tous les genres des l’enfance, il refuse les etiquettes et navigue librement d’un univers a l’autre. Cette ouverture, cette curiosite insatiable, fait sa singularite. Burn to Shine en est la demonstration eclatante : on y passe du rock le plus lourd a la ballade la plus fragile, du gospel le plus fervent au jazz le plus leger.

Le Weissenborn, instrument signature

Au coeur du son de Ben Harper, il y a un instrument singulier : le Weissenborn, cette guitare hawaïenne a corps creux, jouee a plat sur les genoux et glissee avec un bottleneck. Ce son liquide, chantant, presque humain, est devenu sa signature, ce qui le distingue immediatement de tous les autres. Initie a cet instrument par le legendaire David Lindley, Harper en a fait son arme secrete, capable de pleurer comme une voix ou de gronder comme un orage. Sur Burn to Shine, il elargit encore sa palette de guitares a glissando.

Steal My Kisses, le tube malicieux

Le grand succes du disque s’appelle « Steal My Kisses », chanson legere et entraînante portee par un groove irresistible et des claquements de mains. Ce titre devient le plus gros succes radio de Harper aux Etats-Unis, et sa bonne humeur communicative en fait un hymne de l’ete. Tres eloigne de la gravite habituelle de l’artiste, le morceau prouve que Harper savait aussi sourire, alleger, danser. Cette diversite de tons, cette capacite a passer de la legerete a la profondeur, fait toute la richesse de son univers musical.

Une palette infinie

Le reste du disque deroule cet eventail vertigineux. Le morceau-titre « Burn to Shine » cogne avec une energie rock electrique. « Suzie Blue » surprend par son pastiche enjoue du jazz des annees 1920, banjo et clarinette a l’appui. « Forgiven », « Less » ou les ballades plus intimes devoilent un Harper introspectif, l’ame a vif. Du plus lourd au plus delicat, du plus festif au plus grave, l’album embrasse une amplitude rare. Cette generosite, ce refus de se repeter, demande une vraie maîtrise pour ne pas sombrer dans le patchwork. Harper releve le defi avec brio.

Le chouchou de la France

Si les Etats-Unis ont longtemps accueilli Ben Harper avec une relative tiedeur, la France et l’Europe l’ont adopte sans reserve. Burn to Shine se classe a la deuxieme place des ventes en France et y decroche un disque de platine, performance bien superieure a son score americain. Le public francais, sensible a la sincerite et a la richesse musicale de l’artiste, en fait l’une de ses idoles. Les festivals europeens lui deroulent le tapis rouge, et sa reputation de formidable bete de scene fait le reste. Une histoire d’amour transatlantique durable.

La scene comme royaume

Car c’est sur scene que Ben Harper donne toute sa mesure. Entoure de ses fideles Innocent Criminals, dont le regrette bassiste Juan Nelson, il transforme ses concerts en celebrations ferventes, ou les genres se melent et s’enflamment. La chaleur humaine, le partage, l’energie communicative : tout ce qui fait la marque Harper explose en direct. Burn to Shine, avec sa diversite, offre un materiau ideal pour ces grand-messes musicales ou le public communie avec un artiste genereux jusqu’a l’os.

L’heritage des anciens

Ben Harper n’invente rien a partir de rien : il se nourrit goulument de toute l’histoire de la musique noire americaine et au-dela. On entend dans Burn to Shine les fantomes du blues du delta, la ferveur du gospel des eglises du Sud, la douceur de la soul des annees 60, la science du groove. Harper se pose en passeur, en gardien d’un heritage qu’il transmet a une nouvelle generation en le melant aux sonorites de son temps. Cette conscience de la filiation, ce respect des anciens conjugue a une vraie volonte de modernite, donne a sa musique une profondeur et une legitimite qui depassent largement la simple mode.

Bruler pour briller

Reecoutez Burn to Shine et laissez-vous porter par cette generosite sans limites. Ben Harper y refuse le confort de l’etiquette unique pour embrasser la totalite de ses passions, au risque de derouter mais avec une sincerite qui emporte tout. Bruler pour briller, dit le titre : c’est exactement ce que fait cet artiste, qui se consume dans sa musique pour mieux nous illuminer. Un disque genereux, foisonnant, parfois inegal mais toujours habite, signe d’un homme qui aime trop la musique pour se contenter d’une seule de ses couleurs. Et c’est tres bien ainsi.

La note des passionnés

4,0 /5

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