Damien Rice avait pratiquement abandonne la musique. L’Irlandais avait fait partie du groupe Juniper, avait signe avec Polygram, avait vecu la desillusion du major qui ne croit plus en vous. Il etait parti vivre dans une ferme en Toscane. Et puis il etait revenu a Dublin, avait commence a jouer dans la rue, et avait enregistre « O » presque tout seul. C’est l’un des debuts les plus touchants de la decennie.
De la ferme toscane aux rues de Dublin
L’histoire de « O » est celle d’une reconstruction artistique. Apres l’echec commercial de Juniper et la fin de son contrat avec Polygram, Rice passe plusieurs annees a se recentrer sur l’essentiel : la chanson, la voix, l’emotion directe. Il s’installe en Toscane, travaille la terre, reprend confiance en lui. Quand il revient en Irlande, il joue en solo dans les pubs et les rues de Dublin, testant ses nouvelles chansons sur des publics de passage.
L’album est enregistre avec des moyens modestes dans un studio dublinois. La production reflète cette humilite : acoustique, respirant, avec des arrangements qui ne cherchent jamais a impressionner. La voix de Rice, chaude et craquante, est au centre de tout. Lisa Hannigan, qui deviendra une artiste importante dans sa propre carriere, contribue des harmonies vocales qui completent parfaitement le son de l’album.
Cannonball et The Blower’s Daughter
« Cannonball » ouvre l’album avec une delicatesse desarmanante. La guitare acoustique, la pedal steel discrète, et la voix de Rice s’installent dans l’espace avec une economie parfaite. « Volcano » monte progressivement vers une intensite emotionnelle qui fait tout l’album. « The Blower’s Daughter » est la chanson qui fera connaitre Rice au-dela du cercle de la musique folk irlandaise, notamment grace a son utilisation dans le film « Closer » de Mike Nichols (2004).
La chanson est d’une simplicite devastatrice : des arpèges de guitare, une voix qui monte, « I can’t take my eyes off of you » repete jusqu’a l’obsession. C’est l’une de ces chansons qui semblent ecrites depuis toujours, comme si personne n’avait pu les inventer mais qu’elles avaient ete simplement decouverts.

La folk irlandaise et le monde
« O » est un album qui traverse les frontieres facilement, precisement parce qu’il ne cherche pas a plaire a tout le monde. Son emotionnalite est trop directe, trop nue, pour seduire les amateurs de production sophistiquee. Mais pour ceux qui cherchent une musique qui parle directement au coeur, sans intermediaire et sans filet, c’est une revelation.
Damien Rice prendra cinq ans avant de sortir son deuxieme album « 9 » (2006), puis six autres pour « My Favourite Faded Fantasy » (2014). Cette lenteur est coherente avec un artiste qui n’enregistre que quand il a quelque chose de vrai a dire. « O » reste son oeuvre la plus accomplie, la plus directe, la plus universellement touchante.
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