1969 Album

Blood, Sweat and Tears

par BLOOD SWEAT AND TEARS

4,0
Sortie 1969

Blood, Sweat and Tears, Blood Sweat and Tears (1969) : le jazz-rock qui conquit l’Amerique

Fevrier 1969. Un album sort aux Etats-Unis et monte directement en tete du Billboard 200. Il y restera sept semaines consecutives. Il remportera trois Grammy Awards, dont le plus prestigieux de tous : Album of the Year. Il sera certifie platine plusieurs fois. Il produira trois singles dans le Top 5. Son chanteur, un Canadien inconnu deux ans plus tot, devient du jour au lendemain l’une des plus grandes voix de la musique americaine. Cet album, c’est Blood, Sweat and Tears, le second disque du groupe eponyme, le premier avec David Clayton-Thomas au chant. Dans l’histoire du rock americain de la fin des annees 60, peu d’albums ont eu un impact commercial aussi immediat combine avec une ambition artistique aussi clairement et serieusement affichee. Blood Sweat and Tears est le groupe qui a fait du jazz-rock une musique de masse, qui a prouve qu’on pouvait mettre des cuivres, une section de vents, des harmonies de big band dans le meme sac que la guitare electrique et la batterie rock, et que le public etait plus que pret a suivre.

L’histoire du groupe commence en 1967, quand Al Kooper, fondateur et force directrice initiale, cree Blood Sweat and Tears avec l’idee de fusionner le rock, le soul, le jazz et la pop en une seule formation ambitieuse. Le premier album, Child Is Father to the Man, est un chef-d’oeuvre meconnu, trop experimental pour le grand public de 1968, mais qui pose toutes les bases de ce que le groupe accomplira par la suite. Kooper quitte le groupe apres ce premier album, en desaccord avec la direction plus commerciale que prend le label Columbia. Il laisse sa creation a d’autres mains, plus habiles peut-etre pour naviguer dans les eaux du grand public. La question qui se pose alors est simple : qui peut remplacer Al Kooper ? La reponse vient du Canada.

David Clayton-Thomas : la voix qui changea tout

David Clayton-Thomas est ne en 1941 en Angleterre, d’un pere militaire britannique. Sa famille emigre au Canada quand il a sept ans. Il grandit a Toronto, chante dans des bars, developpe une voix de baryton extraordinaire, puissante et modulable, capable de couvrir le spectre entier de la soul, du blues et du gospel. Quand Blood Sweat and Tears le recrute en 1968, il a vingt-sept ans et quelques disques singles canadiens qui n’ont pas depasse les frontieres locales. Sa premiere session avec le groupe produit une chimie immediate et electrisante. Sa voix, combinee a l’arsenal de huit musiciens dont trois cuivres, cree quelque chose d’entierement nouveau dans le paysage rock americain. Quelque chose que personne n’avait encore entendu exactement sous cette forme, avec cette puissance et cette coherence.

« Spinning Wheel », la composition de Clayton-Thomas et l’un des singles de l’album, atteint le numero 2 aux Etats-Unis. C’est une chanson sur le karma, sur le cycle de la vie, construite sur un riff de trompette immediatement reconnaissable et une ligne melodique qui ne quitte pas la memoire une fois qu’elle s’y est installee. Lew Soloff a la trompette, Fred Lipsius au saxophone alto, Dick Halligan aux claviers et au trombone : la section de vents de Blood Sweat and Tears est l’une des mieux assorties et des plus polyvalentes du rock de cette periode. « You’ve Made Me So Very Happy », reprise de Brenda Holloway, est un autre Top 5, une soul-pop euphorique qui transmet la joie d’etre en vie avec une conviction communicative. « God Bless the Child » est une reprise de Billie Holiday et Arthur Herzog Jr., traitee ici avec un respect profond pour la tradition jazz tout en la replantant fermement dans le rock de 1969. « And When I Die » de Laura Nyro est une ballade country-gospel qui montre la versatilite du groupe : ils peuvent tout absorber, tout transformer en quelque chose qui leur appartient.

L’album gagne l’Album of the Year au Grammy en mars 1970, battant les Beatles eux-memes nomines pour Abbey Road, les Rolling Stones, Frank Sinatra et d’autres. C’est un moment historique, la premiere victoire d’un groupe de rock progressif dans cette categorie prestigieuse. Clayton-Thomas est propulse au statut de star internationale. Mais le succes a ses effets pervers. Le groupe sera ensuite trop souvent associe a la facilite commerciale, au compromis, a la musique d’ascenseur pour classes moyennes suburbaines. Ce jugement est profondement injuste. L’album de 1969 est une oeuvre sincere et ambitieuse, le produit de musiciens exceptionnels qui croyaient vraiment en ce qu’ils faisaient et qui l’ont prouve note apres note, chorus apres chorus.

Bobby Colomby a la batterie, Jim Fielder a la basse, Steve Katz a la guitare : le groupe entier fonctionne avec une precision et une fluidite qui temoignent de longues heures de repetition et d’une vision artistique commune. Il y a dans Blood, Sweat and Tears quelque chose de profondement optimiste, une foi dans la capacite de la musique a unir les gens, a transcender les barrieres de genre et de classe. En fevrier 1969, au moment ou l’optimisme de la decennie precedente commence a s’effriter, cette foi n’en est que plus precieuse et plus necessaire.

« Blood Sweat and Tears a fait pour le jazz-rock ce que les Beatles avaient fait pour le rock britannique : le rendre accessible sans le trahir. C’est beaucoup plus difficile qu’il n’y parait. » (Leonard Bernstein, compositeur)

Blood Sweat and Tears sur X

La note des passionnés

4,0 /5

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