Tomorrow, Tomorrow (1968) : Le rêve psychédélique de Steve Howe
Février 1968. Un groupe de Londres sort un unique album et disparaît dans les brumes de l’histoire, laissant derrière lui une des productions psychédéliques les plus ambitieuses, les plus inventives et les plus méconnues de toute l’année 1968. Tomorrow est le nom du groupe, Tomorrow est le nom de l’album, et il y a dans cette tautologie quelque chose d’emblématique : ce groupe était tourné vers l’avenir, vivait dans l’avenir, pensait l’avenir. Keith West au chant, John Wood à la basse, John « Twink » Adler à la batterie et Steve Howe à la guitare : quatre musiciens au sommet de leur art, dans une ville, Londres, au sommet de son effervescence créative.
L’album met un an à paraître après les premières sessions d’enregistrement. Les raisons sont multiples : des problèmes avec le label Parlophone, des sessions supplémentaires, des remixages. Mais cette gestation a produit un objet sonore d’une cohérence et d’une ambition remarquables. My White Bicycle, leur single le plus connu, est une merveille de pop psychédélique, avec ses chœurs stratosphériques et ses arrangements inventifs. Real Life Permanent Dream, Revolution et Hallucinations complètent un tableau d’une richesse extraordinaire.
Steve Howe est le musicien central de l’album. Sa guitare, à la fois précise et imaginative, annonce déjà le style qui fera sa gloire quelques années plus tard avec Yes. Il y a dans son jeu une intelligence harmonique et une créativité mélodique qui dépassent largement ce que le format pop-psychédélique exigeait. Keith West, de son côté, est un chanteur d’exception, capable d’une expressivité émotionnelle rare, tour à tour fragile et puissant.
Le groupe se dissout peu après la sortie de l’album, les membres partant vers d’autres aventures. Keith West se lance dans une carrière solo. Twink rejoint The Pretty Things pour SF Sorrow. Steve Howe prend le chemin de Yes, où il deviendra l’un des guitaristes les plus influents du rock progressif. John Wood, moins connu, fait carrière comme bassiste de session. La dissolution de Tomorrow est une perte immense pour la scène psychédélique britannique.
L’héritage de cet unique album de Tomorrow est aujourd’hui largement reconnu par les spécialistes du rock psychédélique. Réédité à plusieurs reprises, il est régulièrement cité comme l’un des sommets du genre, un disque qui aurait pu changer l’histoire de la musique britannique si le groupe avait eu le temps et les ressources pour continuer. Pour quiconque s’intéresse à la scène londonienne de 1967-1968, Tomorrow est un passage obligé, un document sonore d’une richesse et d’une fraîcheur toujours intactes.
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