1967 Album

The Wicked Pickett

par Wilson PICKETT

4,0
Sortie 1967
Genres soul

The Wicked Pickett, Wilson Pickett (1967) : la soul qui mord

Si la soul music était un ring de boxe, Wilson Pickett serait le poids lourd qui vous met KO au premier round. Pas de fioritures, pas de subtilité excessive, pas de violons sucrés. Juste une voix qui déchire les haut-parleurs, un groove qui vous attrape par les hanches, et une énergie brute qui sent la sueur, le bourbon et les nuits blanches dans les juke-joints du Sud profond. The Wicked Pickett, sorti en 1967, est la quintessence de cet art du KO soul.

Pochette The Wicked Pickett Wilson Pickett 1967

L’homme le plus méchant de la soul

Le surnom dit tout : Wicked Pickett, le méchant Pickett. Né à Prattville, Alabama, en 1941, élevé à Detroit, forgé dans les églises gospel et les rues du ghetto, Wilson Pickett n’était pas le genre de chanteur soul à vous bercer tendrement. Il hurlait, il grognait, il commandait. Sur scène, il était une tornade, un prédicateur du groove qui transformait chaque concert en cérémonie vaudou.

Je ne chante pas pour les gens. Je chante sur les gens. Je leur fais ressentir quelque chose qu’ils ne savaient même pas qu’ils avaient en eux.

L’album est enregistré entre les studios Fame de Muscle Shoals, Alabama, et les studios Atlantic de New York, avec la crème des musiciens soul de l’époque. Les Muscle Shoals Rhythm Section et les Memphis Boys fournissent le groove, tandis que le producteur Jerry Wexler supervise le tout avec le professionnalisme d’un horloger suisse.

Funky Broadway et les tubes qui déchirent

Funky Broadway, le morceau phare de l’album, est le premier single contenant le mot « funky » dans son titre à atteindre le numéro un du classement R&B américain. Un événement culturel en soi. Écrit par Dyke and the Blazers, le morceau devient entre les mains de Pickett un hymne de danse brut et jubilatoire qui annonce le funk des années 70.

Fun fact pour les amateurs de crossover : Pickett enregistre aussi sur cet album une version fumante de Stagger Lee, le standard folk-blues vieux d’un siècle, et la transforme en machine à groove soul. Il reprend également I Found a True Love avec une intensité émotionnelle qui prouve que le Wicked Pickett savait aussi être tendre, à sa façon rude et directe.

Le son Muscle Shoals

Ce qui fait la force de cet album, c’est le son. Le son Muscle Shoals, ce groove du sud de l’Alabama produit par des musiciens blancs qui jouaient la musique noire mieux que quiconque, est l’un des miracles sociologiques et musicaux du vingtième siècle. Jimmy Johnson à la guitare, Spooner Oldham aux claviers, Roger Hawkins à la batterie, David Hood à la basse. Ces types, dans un studio en parpaings au bord de la Tennessee River, ont inventé un son qui a conquis le monde.

Pickett adore ces musiciens, et eux adorent Pickett. La connexion est immédiate, organique. Le groove est dans la pièce avant même que les bandes tournent. Il suffit d’écouter I’m In Love ou Everybody Needs Somebody to Love pour entendre cette complicité, cette façon de respirer ensemble, de pousser ensemble, de relâcher ensemble.

Wilson Pickett mourra en 2006, à 64 ans. Son héritage est immense : sans lui, pas de James Brown poussé dans ses retranchements, pas de funk, pas de Prince. The Wicked Pickett est le disque qui capture ce pouvoir à son zénith. Mettez le volume à fond, poussez les meubles, et dansez. C’est un ordre du Méchant Pickett.

La note des passionnés

4,0 /5

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The Wicked Pickett