1966 Album

The Exciting Wilson Pickett

par Wilson PICKETT

4,0
Sortie 1966
Genres soul

Le Wicked Pickett entre en studio

Wilson Pickett en 1966 est une machine a soul qui tourne a plein regime. Il a sorti « In the Midnight Hour » l’annee precedente, co-ecrit avec Steve Cropper de Booker T. and the MGs lors d’une session legendaire a Stax Records a Memphis. Il a sorti « 634-5789 » debut 1966, un succes encore. Et maintenant Atlantic Records et son producteur Jerry Wexler veulent un album complet qui capitalise sur cette energie sans la diluer.

The Exciting Wilson Pickett est enregistre a Stax a Memphis et dans les studios de Rick Hall a Muscle Shoals, Alabama. Ces deux adresses sont les deux centres nerveux de la soul du Deep South en 1966, et les deux sons sont discernables a l’oreille : le Memphis son de Stax est plus sec, plus percussif, construit sur le jeu de section rythmique de Cropper, Duck Dunn, Al Jackson Jr. et Booker T. Jones. Muscle Shoals est plus chaleureux, avec une basse plus ronde et une guitare rhythm plus souple.

La voix qui griffe

Wilson Pickett a une voix que les critiques ont souvent decrit comme « raw » en anglais, ce qui se traduit mal en francais. Rude ne dit pas assez. Brute ne dit pas exactement non plus. C’est une voix qui attaque les notes de plein fouet, qui ne prepare pas son arrivee, qui ne s’excuse pas. La ou Otis Redding plaide et supplie, Pickett exige et proclame. La ou Sam Cooke charmait par la douceur, Pickett convainc par l’intensite.

Sur « Land of 1000 Dances », il scande les noms de danses comme un commandant de bord annonce les escales : « Na na na na na, na na na na, na na na, na na na. » Ce riff vocal absurde et indestructible est devenu l’un des passages les plus repris de toute la musique populaire americaine. Il y a quelque chose de presque comique dans la simplicite du concept, et quelque chose de parfaitement efficace dans son execution.

Cannibal and the Headhunters avaient sorti une version de « Land of 1000 Dances » en 1965 avec ce « na na na » quasi-accidentel. Pickett l’a entendu, l’a garde, l’a amplifie. Steve Cropper et lui ont retravaille le reste de la chanson originale de Chris Kenner pour l’adapter au son Stax. Le resultat est devenu un standard soul absolu, peut-etre le titre le plus joue dans les fetes scolaires americaines de l’annee 1966.

Steve Cropper et la grammaire de la soul

Steve Cropper joue de la guitare sur la plupart des titres de l’album enregistres a Stax. Sa technique est l’anti-these du guitariste de rock classique : pas de solos interminables, pas de virtuosite pour la virtuosite. Il joue ce qu’il appelle lui-meme le « chicken pickin' », une approche rythmique et mélodique ou chaque note a un but precis dans l’ensemble de l’arrangement. On entend Cropper sur « In the Midnight Hour » et on comprend immediatement pourquoi cette chanson groove de facon aussi inexorable : c’est parce que la guitare ne fait jamais ce qui n’est pas strictement necessaire.

Jerry Wexler, producteur d’Atlantic Records, a eu l’idee d’amener les artistes noirs du label enregistrer dans les studios du Sud profond avec des musiciens blancs de session. Ca semblait paradoxal en 1965-66, a une epoque ou la segregation raciale etait encore une realite quotidienne dans l’Alabama et le Tennessee. En pratique, ca a produit certains des meilleurs disques soul de la decennie. Les musiciens de Stax et de Muscle Shoals jouaient ce qu’ils entendaient, et ce qu’ils entendaient dans la voix de Pickett n’avait pas de couleur : c’etait simplement de la grande musique.

Duck Dunn a la basse est un autre pilier du son de cet album. Sa basse ne se contente pas de marquer le temps : elle dialogue avec la batterie d’Al Jackson Jr. dans un conversation rythmique qui laisse de l’espace pour que Pickett puisse placer sa voix exactement ou il le souhaite. Ce n’est pas par hasard que ces memes musiciens de Stax ont enregistre avec Otis Redding, Sam and Dave, Carla Thomas et des dizaines d’autres : ils savaient exactement ce qu’ils faisaient.

L’heritage du Wicked Pickett

« Mustang Sally » est sur cet album, enregistree en 1966 avant la version qui apparaitra sur The Wicked Pickett l’annee suivante. C’est Sir Mack Rice qui a ecrit la chanson originalement, et Pickett l’a adapte avec Cropper. La version finale est devenue tellement omnipresente dans la culture populaire americaine qu’on a du mal aujourd’hui a se rappeler qu’elle avait un auteur et un moment de creation precis.

Les Rolling Stones, qui a cette periode cherchent egalement a absorber la soul americaine dans leur rock britannique, ont observe de pres comment Pickett travaillait. Mick Jagger a dit dans des interviews qu’il ecoutait Pickett et Otis Redding en boucle pendant la periode Aftermath. La facon dont Pickett utilise sa voix comme instrument de percussion, l’attaque frontale, le « yeah » place exactement au bon endroit, tout ca a influence le phrasé de Jagger plus que n’importe quel chanteur blanc.

Aretha Franklin a repris plusieurs titres associes a Pickett dans les annees qui ont suivi, et les deux partagent une approche de la voix comme instrument au service de l’emotion plutot que de la technique. Dans la genealogie de la soul americaine, Wilson Pickett occupe un endroit particulier : pas aussi subtil que Marvin Gaye, pas aussi poignant qu’Otis Redding, mais plus direct, plus physique, plus immediatement efficace que presque tout le monde.

En 1966, avec The Exciting Wilson Pickett, il prouve que l’adjectif dans le titre n’est pas une promesse en l’air.

La note des passionnés

4,0 /5

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The Exciting Wilson Pickett