The Grease Band
par The GREASE BAND
The Grease Band. Angleterre, 1971. Quand Joe Cocker décide en 1970 de mettre fin à la folie collective de la tournée Mad Dogs and Englishmen, ses musiciens se retrouvent libres. Certains ont déjà des carrières solo. D’autres forment des groupes. Les Grease Band, le groupe qui avait servi de fondation à Cocker depuis ses débuts, décident de continuer ensemble sans leur chanteur et de voir ce que leur musique peut produire quand elle est débarrassée de la personnalité flamboyante qui l’avait jusqu’ici dominée.
Henry McCullough est le centre guitaristique du groupe. Irlandais de Portstewart, dans le comté de Londonderry, il joue avec un naturel et une expressivité qui font de lui l’un des guitaristes les plus aimés de la scène rock britannique de cette génération. Son style emprunte au blues américain mais le filtre à travers une sensibilité celtique reconnaissable. Il sera bientôt recruté par Paul McCartney pour le premier Wings, preuve que les meilleurs musiciens de l’époque savaient exactement qui il était.
Alan Spenner à la basse joue avec une rondeur et un groove soul qui ancrent solidement les arrangements les plus libres du groupe. Bruce Rowland à la batterie est un batteur de rock solide dont le jeu sert la chanson sans jamais vouloir voler la vedette. Chris Stainton, pianiste remarquable, a une formation jazz qui lui permet de naviguer entre les genres avec une aisance naturelle. Ensemble, ces musiciens formaient depuis des années un collectif rodé qui savait jouer ensemble avec une complicité profonde.
Cet album s’inscrit dans la grande tradition british de la rencontre entre le rock et le country américain. A la même époque, les Flying Burrito Brothers, les Byrds et Gram Parsons définissaient de l’autre côté de l’Atlantique ce que le country rock pouvait être. Les Grease Band apportent à cette conversation un accent anglais inimitable, une rugosité blues qui tempère le romantisme des plaines américaines, et une connaissance profonde du rhythm and blues qui enrichit le mélange.
Denny Cordell, producteur irlandais qui avait travaillé avec les Move, Joe Cocker, Traffic, et qui allait bientôt cofonder Shelter Records avec Leon Russell, produit l’album avec un sens des textures et des ambiances qui met en valeur les qualités naturelles du groupe. Cordell était l’un des producteurs les plus sensibles et les plus imaginatifs de la scène rock britannique de l’époque, et sa collaboration avec les Grease Band produit un album d’une chaleur et d’une honnêteté rares.
Island Records, le label de Chris Blackwell, distribue l’album. Island était en 1971 un label d’une importance considérable pour la musique britannique underground : Free, Jethro Tull, Traffic, Emerson Lake and Palmer, et maintenant The Grease Band. C’est le label qui croit aux artistes qui ne rentrent pas dans les cases commerciales conventionnelles.
La carrière des Grease Band comme groupe autonome fut courte. McCullough rejoignit Wings. Stainton continua avec Cocker. Mais cet album unique reste le témoignage touchant d’un groupe exceptionnel qui voulait voir jusqu’où sa musique pouvait aller sans filet. La réponse est : assez loin, avec beaucoup de classe.
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