The Doughnuts in Granny’s Greenhouse
The Doughnut in Granny’s Greenhouse, Bonzo Dog Band (1968) : le rock le plus drôle et le plus fou de tous les temps
Dans un monde de rock sérieux, engagé, psychédélique et prétentieux, il faut bien que quelqu’un ose rigoler. Et rigoler avec talent, avec intelligence, avec une inventivité musicale qui ferait pâlir de jalousie la moitié des groupes « sérieux » de l’époque. Les Bonzo Dog Doo-Dah Band, troupe de cinglés britanniques absolument irrésistible, menée par le génial et excentrique Vivian Stanshall et le non moins génial compositeur Neil Innes, sont les clowns officiels du rock anglais de la fin des sixties. The Doughnut in Granny’s Greenhouse est leur deuxième album, et c’est un chef-d’oeuvre d’humour musical surréaliste et britannique qui fait hurler de rire et réfléchir en même temps.
Les Monty Python de la musique rock
Les Bonzo Dog Band, c’est du music-hall édouardien, du jazz dixieland des années 20, du psychédélisme pur, de la parodie pop méticuleuse et du surréalisme dadaïste, le tout mixé dans un shaker géant et servi avec un parapluie et un faux nez. Vivian Stanshall, l’homme au monocle vissé à l’oeil et à la moustache cosmique, est un performer de génie absolu, un conteur fou et inspiré, un personnage digne de Dickens sous LSD et champagne. Neil Innes est un compositeur d’une habileté musicale redoutable, capable de pasticher n’importe quel style musical avec une précision chirurgicale qui confine au génie.
Nous ne faisons pas de la musique. Nous faisons du bruit organisé avec des intentions comiques et une conscience surréaliste. La différence est subtile mais absolument essentielle.
I’m the Urban Spaceman, le tube immortel de l’album, produit par Paul McCartney lui-même sous le pseudonyme délicieusement absurde d’Apollo C. Vermouth, est une pop psychédélique loufoque et irrésistible qui atteint le numéro 5 des charts britanniques. Fun fact savoureux : McCartney produisit le morceau en échange d’un simple carton de bière. Le rapport qualité-prix le plus extraordinaire de l’histoire de la production musicale.
Les Bonzo sont aussi passés par la série télévisée culte Do Not Adjust Your Set, aux côtés des futurs Monty Python Terry Jones, Michael Palin et Eric Idle. L’influence est réciproque et fondamentale : sans les Bonzos, pas de Flying Circus. Sans le Flying Circus, pas de culture comique britannique moderne telle qu’on la connaît et qu’on l’adore.
Vivian Stanshall est mort dans un incendie tragique en 1995. Neil Innes nous a quittés en 2019. Mais leur musique reste le remède parfait et indépassable contre le sérieux excessif du rock et la prétention de l’industrie musicale. Un beignet dans la serre de grand-mère, c’est tout ce dont le monde a besoin.
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