The American Revolution
par David PEEL
David Peel n’etait pas un musicien de studio. David Peel etait un phenomene de rue. Dans les rues du Lower East Side de New York, au tournant des annees 1960 et 1970, on pouvait le croiser avec sa guitare acoustique, entoure d’un cercle de fideles qui chantaient avec lui ses hymnes provocateurs et joyeusement irreverencieux. Quand Elektra Records l’a signe et lui a propose d’enregistrer The American Revolution, personne ne savait vraiment ce qu’on allait obtenir. On allait obtenir quelque chose d’unique.
Ne David Rosario le 3 aout 1942 a New York, David Peel a adopte ce nom de scene qui sonnait plus libre et plus americain. Il represente une tradition particulierement americaine : le musicien de rue, le bohemien urbain, le troubadour du beton qui fait de la ville entiere sa scene et du passant son public. Pas de contrat, pas de manager, pas de maison de disques. Juste la rue, la guitare et les mots.
The American Revolution sort en 1970 sur Elektra Records. C’est un album bruyant, direct, souvent maladriot au sens technique du terme, mais d’une authenticite totale. Les chansons parlent de liberte individuelle, de la contre-culture qui revendique sa place dans l’Amerique de 1970, de la jeunesse qui cherche ses propres reponses aux questions de son epoque. Peel ne fait pas dans la subtilite : ses messages sont lisibles de loin, comme des graffitis sur un mur de brique.
‘I Like Marijuana’ est peut-etre le titre le plus connu de Peel, un hymne a la legalisation avec un refrain que toute la foule peut chanter au premier essai. La chanson n’a pas de pretention poetique particuliere, mais elle a le merite d’une franchise totale dans un contexte ou beaucoup de musiciens evoquaient ces sujets par metaphores et allusions. Peel dit les choses directement et s’en moque.
John Lennon, qui avait emmenage a New York au debut des annees 1970 et qui arpentait les memes rues du Lower East Side, a croise la route de David Peel. Les deux hommes ont sympathise immediatement. Lennon reconnaissait en Peel quelque chose qu’il admirait : l’absence totale de calcul, la foi dans la musique comme outil d’expression communautaire directe. Il allait ensuite produire l’album The Pope Smokes Dope de Peel en 1972, lui donnant une visibilite qu’il n’aurait jamais obtenue seul.
Mais The American Revolution precede cette connexion celebre. C’est l’oeuvre d’un homme seul avec ses convictions, ses chansons et ses camarades de rue. L’album est enregistre en partie en live, capturant cette energie de performeur public que Peel maitrise mieux que n’importe quel studio. Les voix de la foule qu’on entend en arriere-plan ne sont pas des artifices de production : ce sont de vraies personnes qui chantent dans les parcs et les rues de New York.
La musique elle-meme est minimaliste au-dela du raisonnable. Guitare acoustique, voix, et parfois d’autres instruments qui apparaissent et disparaissent. Pas d’arrangements sophistiques, pas de production lechee. Peel ne cherche pas a impressionner les musiciens, il cherche a toucher les gens ordinaires qui n’ont pas les moyens d’aller dans les salles de concerts chics. C’est une musique de partage, pas de performance.
C’est en ca que The American Revolution est un document sociologique autant qu’un album de musique. Il capture un moment precis de l’histoire americaine : ce moment ou la contre-culture pensait que les chansons pouvaient changer les choses, que descendre dans la rue avec une guitare et des convictions etait une forme d’engagement civique authentique. Peel y croyait vraiment. C’est ce qui rend son oeuvre touchante meme quand elle est techniquement imparfaite.
La Revolution americaine dont parle le titre n’est pas celle de 1776. C’est une revolution culturelle, une revolution des consciences, qui se ferait dans les rues et les parcs plutot que dans les assemblees. La musique reste l’outil de rassemblement le plus efficace qu’on ait jamais invente, et David Peel en avait compris la puissance bien avant que les reseaux sociaux ne viennent confirmer son intuition.
David Peel restera une figure marginale de l’histoire du rock, mais une figure essentielle pour comprendre la dimension communautaire et participative de la culture musicale new-yorkaise des annees 1970. Son heritage vit dans chaque musicien de rue qui chante aujourd’hui dans le metro de New York ou sur les places publiques du monde entier.
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