Thanks I’ll Eat It Here, Lowell GEORGE (1979) : la personnalité du slide
Lowell George est l’une des figures les plus originales et les plus aimées du rock américain des années soixante-dix. Fondateur de Little Feat – l’un des groupes les plus appréciés des musiciens de cette génération – il développe un style musical unique qui mêle le rock, le funk, le blues et la country avec une naturelle aisance et une créativité permanente. Thanks I’ll Eat It Here, son premier et unique album solo, sort en 1979 et capture une personnalité musicale au sommet de son art dans un contexte différent de celui de Little Feat.
La slide guitar de Lowell George
Lowell George joue de la slide guitar d’une façon qui est immédiatement reconnaissable. Sa technique est précise et expressive, sa façon de faire chanter la note est distincte de tous les autres guitaristes slide de sa génération. Il ne joue pas dans le style du Delta blues traditionnel, pas vraiment dans le style hawaiien, pas tout à fait dans le style rock – il a développé quelque chose qui lui appartient et qui est le produit de toutes ces influences digérées et transformées.
Cette slide guitar définit une large part de l’identité sonore de Little Feat, et elle est naturellement au coeur de son album solo. Mais ici, sans le cadre collectif du groupe, on l’entend avec une netteté particulière qui permet d’apprécier toutes les nuances de son jeu.
Les compositions et les invités
L’album accueille un nombre impressionnant de musiciens invités, ce qui reflète la position particulière de Lowell George dans le monde musical américain de l’époque : il est l’un de ces rares musiciens dont tout le monde veut jouer avec. Des pointures de la scène de Los Angeles, des vieux amis de la route, des admirateurs devenus collègues : l’album est un portrait du réseau musical dans lequel George évolue.
Les compositions mêlent des chansons originales et des reprises choisies avec soin. George a toujours été un fin sélectionneur de matériau extérieur, capable d’entendre dans une chanson des possibilités que d’autres n’auraient pas vues. Ses reprises sont des réinterprétations, pas des copies.
Le funk à la façon de George
Le funk que pratique Lowell George dans Little Feat et ici en solo est un funk particulier : plus chaud, plus humain que le funk du Nord qui domine à la même époque, avec quelque chose du Sud américain qui vient de son amour du rhythm and blues originel. Cette façon de faire du groove qui respire, qui laisse de l’espace, qui ne cherche pas l’efficacité mécanique mais quelque chose de plus organique, est l’une de ses contributions les plus importantes à la musique de sa génération.
Le contexte de l’album
Little Feat connaît des tensions internes dans les années qui précèdent cet album solo. Ces tensions reflètent les divergences musicales et personnelles naturelles au sein d’un groupe qui existe depuis plusieurs années et dont les membres ont des visions qui évoluent dans des directions parfois différentes. L’album solo est une façon pour George d’explorer un territoire qui lui est propre, sans les contraintes de la décision collective.
Un hommage durable
Lowell George disparaît peu après la sortie de cet album, en juin 1979, et il laisse un vide dans la musique américaine que ses amis et admirateurs ont toujours du mal à combler. Thanks I’ll Eat It Here est le dernier document de première main de sa vision musicale, et à ce titre il a une valeur particulière. C’est un album fait par un homme qui aime la musique avec une profondeur et une authenticité rares.
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