Rickie Lee Jones, Rickie Lee JONES (1979) : la fille du quartier
Rickie Lee Jones débarque sur la scène musicale en 1979 avec un premier album éponyme qui déconcerte les critiques par son originalité et subjugue le public par sa chaleur et son charme. Sorti chez Warner Bros Records et produit par Lenny Waronker et Russ Titelman, l’album lui vaut un Grammy Award du meilleur nouvel artiste en 1980. Mais au-delà du succès commercial et des récompenses, c’est un disque qui possède une personnalité musicale d’une cohérence et d’une richesse rares pour un premier album.
Chuck E’s in Love : la présentation
« Chuck E’s in Love » est la chanson qui fait connaître Rickie Lee Jones au grand public. Sa construction est légèrement jazzy dans l’harmonie, légèrement pop dans la mélodie, et complètement personnelle dans le texte et la façon de le chanter. Jones chante avec une voix qui a quelque chose d’enfantin et de sophistiqué à la fois – une voix de jeune femme qui a vu des choses et qui les raconte avec un mélange de naïveté et de lucidité.
La chanson parle d’un ami bohème tombé amoureux, avec des détails si précis et si vivants qu’on a l’impression de connaître les personnages. C’est l’art du songwriter : créer des univers particuliers qui résonnent universellement.
L’univers beatnik de Los Angeles
Les textes de Rickie Lee Jones créent un univers cohérent et très particulier : celui des artistes et des errants de Los Angeles dans les années soixante-dix, les cafés de nuit, les parcs, les chambres bon marché, les rencontres fugaces et les attachements durables. C’est un monde qui doit quelque chose à la tradition Beat – Kerouac et Ginsberg sont des références naturelles – mais qui le situe dans l’ici et maintenant de la Californie de 1979.
Cette création d’un monde propre est l’une des choses les plus difficiles à faire en écriture de chansons, et le fait que Jones y réussisse sur son premier album est exceptionnel.
La musique : jazz, folk et pop
Musicalement, l’album refuse les catégories simples. Il y a du jazz dans les harmonies et dans les arrangements – Jones connaît clairement la tradition du jazz vocal et s’en nourrit. Il y a du folk dans la façon dont les chansons sont construites autour de la voix et de la guitare acoustique. Il y a de la pop dans les mélodies et dans le sens de l’accroche immédiate.
Les musiciens qui entourent Jones sont parmi les meilleurs de Los Angeles à l’époque. Dr John joue sur plusieurs titres avec sa sophistication blues caractéristique. Les arrangements de cordes et de cuivres sont élégants et discrets.
Easy Money : le groove nocturne
« Easy Money » est l’un des titres les plus swinguants de l’album, avec une qualité nocturne et légèrement cinématographique qui caractérise les meilleures chansons de Jones. On la voit dans le Los Angeles de nuit, dans un bar ou sur un trottoir, racontant des histoires qui ont la texture de la vie vraie.
Un premier album parfait
Il est rare qu’un premier album soit aussi accompli que celui-ci. Rickie Lee Jones n’a pas attendu d’avoir fait ses armes pour montrer toute l’étendue de son talent. Elle arrive pleinement formée, avec une vision musicale et lyrique claire, et elle la réalise avec l’aide de producteurs qui la comprennent et qui l’aident à aller là où elle veut aller.
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