Super Session, Bloomfield, Kooper, Stills (1968) : le jam ultime entre trois génies de la guitare et du clavier
Prenez Mike Bloomfield, le guitariste blanc le plus respecté du blues de Chicago, l’homme qui a électrifié Dylan à Newport en 1965 et qui joue le blues avec une pureté et un feeling que peu de blancs ont jamais atteints. Ajoutez Al Kooper, le claviériste touche-à-tout de génie qui s’invite partout et transforme tout ce qu’il touche en or musical. Mettez-les en studio pendant une journée entière sans aucune préparation. Quand Bloomfield s’endort à mi-session, terrassé par l’insomnie chronique et les médicaments, appelez Stephen Stills en renfort d’urgence. Enregistrez tout en live, sans répétition, sans filet de sécurité. Le résultat : Super Session, l’album de jam le plus célèbre et le plus exaltant de 1968.

Deux sessions, un chef-d’oeuvre d’improvisation pure
La face A est un dialogue entre Bloomfield et Kooper, du blues pur, électrique, magnétique, avec la guitare lyrique de Bloomfield qui serpente et danse au-dessus de l’orgue Hammond de Kooper. Albert’s Shuffle, hommage vibrant à Albert King, est un blues instrumental de neuf minutes d’une fluidité magique où chaque note est à sa place exacte. Stop est un rhythm and blues nerveux et enlevé. Bloomfield joue avec cette économie et ce feeling surnaturel qui faisaient de lui, selon Bob Dylan lui-même, « le meilleur guitariste vivant ».
On est entrés en studio sans savoir ce qu’on allait jouer. On n’avait pas de setlist, pas de morceaux préparés. On a juste joué. C’est le principe même d’un super session, et c’est ce qui rend la musique aussi vivante.
La face B, avec Stills remplaçant Bloomfield parti dormir en pleine nuit, est plus rock, plus psychédélique, plus sauvage. Stills, entre la fin des Buffalo Springfield et la fondation de CSNY, joue avec une énergie fébrile et une fougue de jeune loup. Season of the Witch, reprise magistrale de Donovan étirée en onze minutes d’improvisation hypnotique, est le sommet incontesté de cette deuxième session et l’un des grands moments de jam de toute la décennie.
Fun fact tragique : Mike Bloomfield mourra d’une overdose accidentelle en février 1981, à 37 ans, retrouvé dans sa voiture garée dans un quartier mal famé de San Francisco. Le plus grand guitariste de blues blanc de sa génération, oublié par le grand public, brisé par les drogues, mort seul dans l’obscurité.
L’album atteint le numéro 12 des charts américains, prouvant que le public de 1968 était prêt pour le jam de haut vol entre musiciens exceptionnels. Super Session reste le modèle absolu du genre : trois musiciens, un studio, pas de filet, que de la musique à l’état pur et de l’improvisation comme art majeur.
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