1971 Album

The London Howlin’ Wolf Sessions

par HOWLIN WOLF

4,0
Sortie 1971
Genres blues · blues rock

Howlin’ Wolf et les Rolling Stones. Londres, 1971. Chester Arthur Burnett, dit Howlin’ Wolf, est né à White Station, Mississippi, le 10 juin 1910. Il a appris le blues de Charley Patton et de Robert Johnson, les fondateurs de tout. Sa voix est l’une des voix les plus puissantes et les plus mystérieuses du blues : un grognement grave qui monte parfois jusqu’à un hurlement, une présence physique absolument terrifiante même sur vinyle. Quand les Rolling Stones ont demandé à enregistrer avec lui à Londres, ils savaient qu’ils allaient se trouver en présence de quelque chose d’incommensurable.

Le projet des « London Sessions » est venu du manager des Rolling Stones et de Norman Dayron, qui avait produit des sessions de Chess Records. L’idée : amener les maîtres du blues américain en Europe pour les enregistrer avec les jeunes musiciens britanniques qui leur devaient tout. Il y avait quelque chose de profondément juste dans cette démarche : rendre hommage aux sources en demandant aux sources elles-mêmes de participer à la célébration.

Eric Clapton est présent à la guitare. Clapton, qui avait passé les cinq premières années de sa carrière à étudier et à reproduire le blues du Mississippi et du Chicago avec une fidélité obsessionnelle, se retrouvait maintenant face à l’un des hommes qui avaient inventé ce blues. Dans les interviews de l’époque, il décrivait la session comme l’une des expériences les plus impressionnantes de sa vie musicale. Jouer avec Howlin’ Wolf n’était pas simplement jouer avec un musicien admiré. C’était jouer avec l’histoire.

Charlie Watts à la batterie joue avec la retenue et l’élégance qui caractérisent son style. Il n’essaie pas d’imposer une personnalité rock sur un contexte blues. Il écoute, il suit, il sert la musique. Ce type de service musical humble et intelligent est plus difficile qu’il n’y paraît. La tentation de montrer ce qu’on sait faire est forte. Watts résiste à cette tentation avec une discipline exemplaire.

Bill Wyman à la basse joue les lignes profondes et rondes du blues Chicago avec une compréhension authentique. Steve Winwood aux claviers apporte ses touches de Hammond avec une discrétion qui montre sa compréhension du contexte. Ringo Starr participe à certains morceaux. Ian Stewart, pianiste permanent des Stones depuis leurs débuts, joue le piano boogie qui est la fondation harmonique sur laquelle tout le reste repose.

Howlin’ Wolf lui-même joue et chante avec une puissance inaltérée. A 60 ans, après des décennies de tournées et d’enregistrements, sa voix reste l’une des forces de la nature les plus stupéfiantes du blues. « I Ain’t Superstitious », « Sitting on Top of the World », « Built for Comfort » : ces chansons qu’il avait enregistrées vingt ans plus tôt pour Chess Records prennent dans ce nouveau contexte londonien une dimension étrange et fascinante, comme si le delta du Mississippi s’était inexplicablement déplacé dans les studios anglais.

Chess/Rolling Stones Records a distribué l’album. Le label des Rolling Stones, fondé par Mick Jagger et ses associés dans le cadre de leur rupture avec ABKCO Records, avait comme premier geste de rendre hommage à leurs sources. C’est un geste de reconnaissance qui dit quelque chose sur la conscience que ces musiciens avaient de leur dette envers la tradition.

Sur X : @howlinwolf

La note des passionnés

4,0 /5

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The London Howlin’ Wolf Sessions