Storia di un Minuto
Premiata Forneria Marconi. Milan, 1972. L’Italie entre dans le rock progressif avec cet album inaugural d’un groupe qui allait devenir l’ambassadeur mondial de ce qu’on appelait le « rock sinfonico » italien. PFM, Premiata Forneria Marconi, qui prend son nom d’une boulangerie récompensée de la ville natale d’un de ses membres, porte en lui les deux traditions qui allaient définir son oeuvre : la sophistication harmonique et orchestrale héritée de la musique classique italienne, et l’énergie et la liberté du rock progressif britannique de Yes, Genesis et King Crimson.
Franco Mussida à la guitare et aux voix, Flavio Premoli aux claviers, Franz Di Cioccio à la batterie, Giorgio Piazza à la basse, Mauro Pagani aux instruments à vent et aux cordes : cette formation de cinq musiciens avait développé son son dans les clubs et les salles de concert du nord de l’Italie pendant plusieurs années avant d’enregistrer ce premier album. La musique qu’ils avaient créée dans ce processus était d’une originalité véritable : elle n’imitait pas les groupes britanniques qu’ils admiraient mais les utilisait comme points de départ pour quelque chose de distinctement méditerranéen.
La voix de Di Cioccio, qui chante en italien, donne à la musique de PFM une couleur et une expressivité particulières. L’italien, avec ses voyelles ouvertes et ses consonnes douces, est une langue musicale naturelle qui se prête particulièrement bien au chant rock. Là où les textes anglais du rock progressif avaient tendance vers l’abstraction cosmique et mythologique, les textes italiens de PFM avaient une qualité poétique et imagée différente, ancrée dans une tradition littéraire distincte.
La flûte, le violon, et d’autres instruments acoustiques que Mauro Pagani jouait se fondaient dans le son électrique du groupe avec une naturalité qui rappelait les expériences de Jethro Tull, mais avec une sensibilité mélodique différente, plus proche de la tradition classique italienne que du folk britannique. Cette fusion des instruments acoustiques et électriques était l’une des marques les plus reconnaissables du son de PFM.
Numero Uno, le label de Lucio Battisti qui avait soutenu PFM depuis leurs débuts, distribuait l’album en Italie. La reconnaissance internationale allait venir bientôt : le producteur Peter Sinfield, ancien parolier de King Crimson, allait travailler avec le groupe pour produire des versions anglaises de leurs albums pour la distribution mondiale. ELP allait signer PFM sur leur label Manticore Records.
L’importance de PFM dans l’histoire du rock progressif mondial va au-delà de leurs succès commerciaux. Ils ont prouvé que la langue et la culture italienne pouvaient produire une voix authentique dans ce genre musical, et que le rock progressif n’était pas la propriété exclusive de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Cette démonstration allait ouvrir la voie à d’autres scènes nationales pour affirmer leurs propres contributions.
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