1973 Album

Felona e Sorona

par Le ORME

4,0
Sortie 1973
Artiste Le ORME

Deux planètes, une métaphore

1973. Le Orme publient Felona e Sorona, album concept qui raconte l’histoire de deux planètes opposées : Felona, monde sombre et mélancolique, et Sorona, monde lumineux et heureux. Ce n’est pas seulement une histoire de science-fiction. C’est une méditation sur la dualité humaine, sur la façon dont la conscience oscille entre les pôles de la tristesse et de la joie, sur l’impossibilité de rester définitivement dans l’un ou l’autre état. Ce sujet, traité par un groupe de rock progressif de Venise avec une orchestration et une délicatesse qui rappellent Emerson Lake and Palmer, donne un résultat unique dans l’histoire de la musique italienne.

Le Orme en 1973 est un trio : Aldo Tagliapietra au chant et à la basse, Tony Pagliuca aux claviers, Michi Dei Rossi à la batterie. Ces trois musiciens ont développé ensemble un son qui est profondément ancré dans la musique classique européenne, avec des harmonies empruntées au XIXe siècle romantique et des structures qui doivent autant à la symphonie qu’à la chanson pop. Pagliuca joue du piano, de l’orgue Hammond, du mellotron et des synthétiseurs avec une aisance et un goût qui le placent parmi les grands claviéristes du prog européen.

Felona, la première partie du diptyque, est un voyage dans la mélancolie : les cordes de l’arrangement, la voix de Tagliapietra qui monte vers des aigus tendus, les harmonies complexes de Pagliuca créent un monde sonore dense et douloureux. La transition vers Sorona est l’un des moments les plus réussis de l’album : la musique change de caractère progressivement, la lumière entre dans les arrangements, et l’émotion générale se déplace vers quelque chose de plus ouvert et de plus apaisé.

La scène prog italienne

L’Italie des années 1970 a produit une scène de rock progressif remarquablement riche et originale. Des groupes comme PFM (Premiata Forneria Marconi), Banco del Mutuo Soccorso, Area, Goblin, Osanna et Le Orme ont développé un son distinctement italien, mêlant la tradition musicale classique et opératique du pays à l’héritage du prog britannique tout en ajoutant des couleurs méditerranéennes et une expressivité vocale particulière.

Ce qui distingue la prog italienne de son équivalent britannique est souvent une plus grande richesse mélodique et une tendance à l’expressivité émotionnelle directe plutôt qu’à la sophistication intellectuelle. Les chansons de Le Orme ont des mélodies qui restent, des refrains qui s’imposent, même quand les arrangements sont complexes. Cette accessibilité mélodique leur a permis de toucher un public plus large que la plupart de leurs contemporains britanniques.

La langue italienne porte la musique différemment que l’anglais. Les voyelles ouvertes, les consonnes moins percussives, la prosodie naturelle du langage donnent au chant une rondeur et une chaleur qui conviennent parfaitement à la musique mélancolique et lyrique de Le Orme. Quand Tagliapietra chante en italien, les mots et la musique fusionnent dans quelque chose qui aurait perdu de sa cohérence dans une autre langue.

L’album en anglais aussi

Il existera une version anglaise de Felona e Sorona, avec des textes traduits par Peter Sinfield, le parolier de King Crimson. Cette décision de doubler l’album en anglais traduit la volonté du groupe de toucher un marché international, et elle est un indicateur de la confiance qu’avait l’industrie musicale italienne de cette époque dans la valeur de sa production nationale. La version italienne reste cependant la plus convaincante : c’est dans la langue originale que la musique et le texte s’épousent le plus naturellement.

La note des passionnés

4,0 /5

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Felona e Sorona