1973 Album

The Six Wives of Henry VIII

par Rick WAKEMAN

4,0
Sortie 1973

Rick Wakeman, janvier 1973. Le claviériste de Yes publie son premier album solo entre deux sessions avec son groupe principal, et ce premier album n’est pas un exercise de style accessoire : c’est un album instrumental ambitieux qui démontre l’étendue technique et l’imagination musicale d’un musicien qui a autant à dire seul qu’au sein du collectif de Yes.

La conception est simple et magnifique : six pièces instrumentales, chacune portant le nom d’une des six épouses d’Henri VIII. Catherine d’Aragon, Anne Boleyn, Catherine Howard, Catherine Parr, Anne of Cleves, Jane Seymour : six femmes dont les destins contrastés, entre l’honneur et la disgrace, entre l’amour royal et la rupture brutale, offrent à Wakeman un programme émotionnel riche pour ses compositions.

Rick Wakeman est formé au Royal College of Music de Londres, une formation classique qui lui donne une maîtrise technique des claviers très différente de celle des musiciens de rock autodidactes. Cette formation coexiste chez lui avec une passion pour le rock progressif et une capacité d’improvisation qui appartient plutot au jazz et au rock qu’à la tradition classique. Cette double appartenance est ce qui rend son jeu si particulier : jamais entièrement académique, jamais entièrement populaire.

« Catherine of Aragon » ouvre l’album sur un thème principal joué à l’orgue Hammond avec une dignité et une gravité qui correspondent au personnage : première épouse, femme de caractère, reine d’Espagne avant d’être reine d’Angleterre, qui sera finalement répudiée par un roi las d’une épouse qui ne lui avait pas donné d’héritier mâle. La pièce progresse à travers plusieurs sections qui expriment différents aspects de ce destin, de la grandeur initiale à la tristesse du déclin.

« Anne Boleyn » est plus dramatique et plus agitée, reflétant la personnalité de la deuxième épouse, celle dont la relation avec Henri avait provoqué le schisme de l’Église d’Angleterre et qui finit sur l’échafaud. Wakeman utilise ici des changements de tempo et des changements d’harmonie brusques qui expriment l’imprévisibilité du destin de cette femme, les montées et les descentes rapides d’une vie passée dans les tourbillons de la politique royale.

Les instruments utilisés sur l’album sont multiples et vont de l’orgue Hammond classique au Minimoog en passant par le clavecin électrique, le piano droit et le mellotron. Wakeman joue certaines sections en overdub, se répondant à lui-même sur différents claviers, créant des dialogues entre des instruments de couleurs et de textures très différentes. Cette maîtrise des timbres et des textures instrumentales est une des grandes qualités de son travail.

La production de Rick Wakeman lui-même, avec l’aide de David Hentschel, est claire et détaillée, mettant en valeur chaque instrument sans créer de concurrence entre eux. Le son est propre sans être froid, précis sans être clinique. On entend les doigts sur les touches, les changements de registre, les nuances dynamiques qui font de la musique instrumentale quelque chose de vivant.

« Catherine Parr », la sixième épouse qui survit à Henri VIII parce qu’il meurt avant d’avoir pu se débarrasser d’elle, est traitée avec une sérénité et une paix qui correspondent à ce destin finalement moins tragique que celui de ses prédécesseures. C’est l’une des pièces les plus belles de l’album, avec une qualité contemplative qui fait penser à la musique baroque dans ses meilleurs moments.

L’album entre dans les charts britanniques à une position honorable et confirme que le public de Yes est également prêt à acheter de la musique solo de ses membres individuels. Cette ouverture commerciale pour les projets parallèles des musiciens de rock progressif est un phénomène des années soixante-dix qui n’existait pas dans le rock des décennies précédentes, et « The Six Wives of Henry VIII » en est l’une des premières illustrations réussies.

Wakeman a continué à publier des albums solo tout au long de sa carrière, explorant des sujets comme l’histoire du roi Arthur (« The Myths and Legends of King Arthur and the Knights of the Round Table », 1975) avec une ambition narrative et orchestrale croissante. Mais ce premier album solo, avec sa clarté de conception et la qualité directe de son exécution, reste pour beaucoup l’oeuvre de référence de son travail hors de Yes.

Le succès commercial de « The Six Wives of Henry VIII » ouvre la voie à une tradition de l’album solo de musicien de rock progressif qui allait produire des oeuvres importantes tout au long des années soixante-dix. Greg Lake, Peter Gabriel, Steve Hackett, Chris Squire, tous s’essaieront à l’exercice avec des résultats variés. Wakeman reste l’un de ceux dont la première tentative solo est aussi la plus réussie, preuve qu’il avait une vision claire de ce qu’il voulait faire indépendamment du collectif de Yes.

Aujourd’hui, « The Six Wives of Henry VIII » est régulièrement inscrit dans les listes des albums de rock progressif essentiels, aux côtés des oeuvres de Yes, de Genesis, d’ELP et de King Crimson. Wakeman n’est peut-être pas le compositeur le plus profond de sa génération, mais il est parmi les plus accessibles, et cette accessibilité est une vertu qui lui a valu un public fidèle que des oeuvres plus austères n’ont pas toujours réussi à conquérir.

Sur X : @RealRickWakeman

La note des passionnés

4,0 /5

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The Six Wives of Henry VIII