The Police publient « Reggatta de Blanc » en octobre 1979, un an et demi après leur premier album, et le résultat montre un groupe qui a assimilé les leçons de sa première année d’existence en tournée et qui a développé son son avec une rapidité et une sûreté remarquables. Là où « Outlandos d’Amour » cherchait encore son équilibre entre le punk, le reggae et la pop, « Reggatta de Blanc » a trouvé cet équilibre et le tient avec une confiance qui dit la maîtrise acquise par des centaines de concerts.
« Message in a Bottle » est la chanson par laquelle commence l’album, et elle est immédiatement l’une des plus réussies que le groupe ait jamais enregistrées. L’arpège de guitare d’Andy Summers, joué avec une régularité hypnotique, est l’une des introductions les plus reconnaissables du rock de la période. Le texte de Sting, qui parle de l’espoir d’être entendu et compris à travers l’espace et le temps, dit quelque chose de fondamental sur la nature de la communication humaine que la métaphore de la bouteille à la mer exprime avec une économie de moyens remarquable.
« Walking on the Moon » est construite sur un groove de basse de Sting d’une lenteur et d’une ampleur qui évoquent effectivement la pesanteur réduite que le titre promet. Stewart Copeland joue sur cette chanson avec une retenue inhabituelle, ménageant des espaces de silence qui rendent le groove plus présent par contraste. C’est l’exemple le plus clair sur cet album de ce que les Police savaient faire avec la dynamique : moins jouer pour dire plus.
Andy Summers est en pleine possession de ses moyens sur « Reggatta de Blanc ». Son jeu de guitare, qui avait déjà défini son approche particulière de l’espace et de la texture sur le premier album, s’est encore affiné et précisé. Il joue avec une économie qui est une forme de générosité : en ne surchargeant pas le mix, il laisse de l’espace pour que la voix de Sting et la batterie de Copeland s’expriment pleinement.
« The Bed’s Too Big Without You » est la ballade la plus directement reggae de l’album, avec un rythme saccadé et des accords de guitare qui citent explicitement la tradition jamaïcaine. Mais même ici, le résultat est entièrement Police : la façon dont Copeland place ses accents, la façon dont Sting chante le texte avec cette légère urgence caractéristique, font que la chanson appartient à un idiome propre au groupe plutôt qu’à un genre établi.
« Roxanne » avait été un succès sur le premier album, et « Message in a Bottle » a répété ce succès sur le second. Cette régularité dans la capacité à produire des singles de premier plan tout en maintenant la cohérence d’un album est l’une des marques distinctives des groupes qui durent. The Police avaient cette qualité dès leur second album, ce qui dit quelque chose sur l’homogénéité de leur talent collectif.
La production de Nigel Gray et du groupe capture l’album avec la même clarté et la même efficacité que le premier, mais avec une confiance supplémentaire qui dit une équipe qui sait maintenant exactement ce qu’elle cherche à obtenir et comment l’obtenir. Le son de « Reggatta de Blanc » est légèrement plus poli que celui d' »Outlandos d’Amour », mais cette sophistication est au service de la musique.
« Reggatta de Blanc » a confirmé que The Police n’était pas un groupe à succès accidentel mais une formation avec une vision artistique cohérente et la capacité technique de la réaliser. Les albums qui ont suivi, « Zenyatta Mondatta » et « Ghost in the Machine », ont continué dans la même direction ascendante. Ce second album est le premier document complet de ce que le groupe pouvait réaliser quand tout s’alignait parfaitement.
La carrière des Police après « Reggatta de Blanc » a progressé avec une régularité et une montée en puissance remarquables. « Zenyatta Mondatta » en 1980, « Ghost in the Machine » en 1981 et « Synchronicity » en 1983 ont chacun élargi l’audience du groupe et apporté de nouvelles nuances à leur son tout en maintenant les caractéristiques fondamentales que « Reggatta de Blanc » avait consolidées. La séparation du groupe en 1986 était liée aux tensions entre trois personnalités artistiques aussi fortes que Sting, Copeland et Summers, tensions qui étaient la condition même de la créativité du groupe mais qui ne pouvaient pas durer indéfiniment. La réunion de 2007 pour une tournée mondiale a montré que la magie musicale du trio était intacte après plus de vingt ans de séparation. « Reggatta de Blanc » garde dans cette trajectoire une place particulière : c’est l’album de la confirmation, celui qui a dit que le succès d' »Outlandos d’Amour » n’était pas accidentel et que le groupe avait la profondeur nécessaire pour une carrière durable.
La musique des Police sur « Reggatta de Blanc » dit ce que le rock peut être quand trois musiciens exceptionnels partagent une vision et la poursuivent avec discipline et intelligence. Ces qualités, rares ensemble, sont ce qui fait que cet album reste aussi frais et énergique des décennies après sa sortie.
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