The Cars, THE CARS (1978) : la pop réconciliée avec l’intelligence
En 1978, la frontière entre le punk ou new wave et le rock radio-friendly semble infranchissable. Les Cars arrivent et prouvent que cette frontière est une construction. Leur premier album éponyme, sorti en juin 1978 chez Elektra Records et produit par Roy Thomas Baker, contient des singles qui sont simultanément de parfaites chansons radio et des exercices de style new wave d’une cohérence remarquable. C’est la synthèse que beaucoup cherchaient et que personne n’avait encore trouvée aussi naturellement.
Just What I Needed : l’évidence
« Just What I Needed » est l’une de ces chansons qui semblent avoir toujours existé. Elle est tellement bien construite, tellement efficace dans chacune de ses parties, qu’on a du mal à imaginer un monde où elle n’existe pas. Ric Ocasek, qui écrit toutes les chansons du groupe, a ce don rare de la mélodie qui reste : une fois entendue, elle habite l’oreille pour longtemps.
Le son du groupe est immédiatement distinct : les synthétiseurs de Greg Hawkes créent une texture moderniste et légèrement froide qui contraste avec la chaleur des guitares d’Elliot Easton. Cette opposition entre froid et chaud, entre électronique et organique, est la signature sonore des Cars – et elle est parfaitement réalisée dès ce premier album.
My Best Friend’s Girl et l’ironie légère
« My Best Friend’s Girl » traite le sujet classique du désir frustré avec un humour décalé caractéristique d’Ocasek. Il n’y a pas de romantisme sentimental dans cette chanson – il y a une observation légèrement détachée d’une situation émotionnellement inconfortable. Cette distance ironique est typique de l’esthétique new wave qui s’inspire du cool du punk sans son agressivité.
Benjamin Orr, qui chante sur certains titres et joue de la basse, est la voix alternative du groupe – plus douce, plus directement séduisante que celle d’Ocasek. Cette alternance des chanteurs donne à l’album une variété de couleurs vocales qui enrichit considérablement l’ensemble.
Good Times Roll et l’atmosphère
« Good Times Roll » ouvre l’album avec une atmosphère légèrement mélancolique malgré le titre optimiste. Ocasek chante avec sa voix particulière – légèrement nasale, légèrement distante – sur un arrangement qui mêle les guitares et les synthétiseurs de façon naturelle. Roy Thomas Baker produit avec une clarté qui rend chaque instrument parfaitement audible dans le mix.
Le groupe parfait de son époque
Les Cars ne durent pas éternellement mais leur premier album reste leur plus parfait : le moment où leur vision artistique et leur accessibilité commerciale s’alignent avec une cohérence admirable. C’est l’album d’un groupe qui a trouvé son propre son dès le premier essai.
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