2004 Album

Sacred Love

par STING

4,0
Sortie 2004
Artiste STING

Sacred Love, STING (2004) : l’alchimiste de la pop cherche son âme

Gordon Sumner, alias Sting, est l’un des artistes les plus paradoxaux de sa génération. Chanteur et bassiste de The Police, l’un des trois plus grands groupes de new wave britannique avec Blondie et Talking Heads, il a quitté ce qui était peut-être le plus grand groupe de la planète en 1984 pour une carrière solo qui a tout : le succès commercial massif, la reconnaissance critique sélective, une ambition artistique qui n’a jamais faibli même quand elle n’était pas toujours bien servie par ses choix.

« Sacred Love », septième album solo de Sting, sort en 2003 chez A&M Records (distribué en 2004 pour certains marchés). C’est un album sur l’amour et la spiritualité, deux thèmes qui ont toujours obsédé cet homme qui pratique le yoga tantrique depuis les années quatre-vingt et qui cite Jung, Shakespeare et les mystiques soufis dans ses interviews.

Send Your Love : l’hymne radio

« Send Your Love » est le single principal. C’est de la pop de très haute qualité, avec une ligne de basse caractéristique que seul Sting peut jouer de cette façon : à la fois harmoniquement sophistiquée et immédiatement accessible. La chanson parle de l’amour comme force universelle, comme réponse à la violence et à la peur. Dans le contexte de l’après-11 septembre, ça résonne différemment que dans n’importe quel autre contexte.

Les arrangements de Sting et Vincent Segal mêlent guitares électriques, percussions africaines, synthés et cordes avec une cohérence qui n’est pas toujours garantie quand on empile autant de références culturelles. Ici, ça fonctionne.

Whenever I Say Your Name avec Mary J. Blige

« Whenever I Say Your Name » est un duo avec Mary J. Blige. C’est une des plus belles chansons d’amour de la discographie de Sting, avec une mélodie qui monte et descend autour d’un texte qui essaie de saisir l’indicible : cette façon qu’ont certains êtres de vous habiter même dans leur absence. La voix de Blige, cette reine de la soul new-yorkaise, se marie avec celle de Sting dans une harmonie qui semble naturelle alors qu’elle réunit deux univers musicaux très différents.

Le duo gagnera le Grammy Award de la meilleure chanson pop en duo en 2004. Justifié.

Le luth et les sources médiévales

Sting joue du luth sur certaines pièces de « Sacred Love ». C’est une référence à sa passion pour la musique de John Dowland, le lutheniste élisabéthain du seizième siècle, qu’il avait déjà abordée dans son album « Songs from the Labyrinth » (2006). Cette plongée dans les sources médiévales et renaissance de la musique populaire anglaise n’est pas posture intellectuelle : Sting a étudié la musique sérieusement, il sait ce qu’il fait quand il joue du luth, et le résultat s’entend dans la sophistication harmonique de ses compositions.

Dead Man’s Rope : le rock qui revient

« Dead Man’s Rope » est le moment le plus rock de l’album. Sting y retrouve quelque chose de l’urgence qui caractérisait The Police à leur meilleur : une rythmique qui avance sans hésiter, une guitare qui appuie, une voix qui chante avec une conviction qui n’a rien de l’intellectualisme parfois reproché à l’artiste. C’est Sting qui décide de ne pas toujours s’expliquer, de laisser parfois la musique parler seule.

L’héritage The Police

On parle souvent de l’ombre de The Police sur la carrière solo de Sting, comme d’un fardeau ou d’un impossible dépassement. Mais il faut renverser la perspective. C’est parce que The Police était grand que Sting peut se permettre de prendre des risques dans sa carrière solo, d’explorer le luth médiéval et les spirituels soufis sans perdre son public. La crédibilité acquise avec « Roxanne », « Message in a Bottle » et « Every Breath You Take » est un capital qui permet l’expérimentation ultérieure. « Sacred Love » en bénéficie.

Sting n’a jamais fait les mêmes albums. « Sacred Love » est différent de « The Dream of the Blue Turtles », différent de « Soul Cages », différent de « Mercury Falling ». Cette curiosité permanente est sa qualité la plus précieuse.

La maturité comme style

Il faut parler de Sting comme d’un artiste qui a choisi délibérément la maturité comme esthétique. Depuis son départ de The Police, il n’a jamais cherché à retrouver l’urgence et l’immédiateté du punk et du new wave des années soixante-dix. Il a choisi d’évoluer vers quelque chose de plus élaboré, de plus réfléchi, de plus serein. Cette évolution lui a valu des critiques qui regrettent le feu originel. Mais les artistes qui restent fidèles à ce qu’ils étaient à vingt-cinq ans pendant tout le reste de leur carrière finissent par paraître pathétiques. Sting a eu l’intelligence d’accepter le temps qui passe et d’en faire une matière musicale. « Sacred Love » est le disque d’un homme de cinquante ans qui a vécu pleinement et qui en a quelque chose à dire. C’est une forme de courage dont on ne parle pas assez.

La note des passionnés

4,0 /5

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