1977 Album

Ram Jam

par RAM JAM

4,0
Sortie 1977
Artiste RAM JAM

Il y a dans l’histoire du rock une catégorie particulière d’albums qu’on appelle les one-hit wonders : des disques qui contiennent une chanson qui transcende tout le reste et qui définit à jamais la réputation de leurs auteurs. « Ram Jam », premier album du groupe homonyme sorti en 1977, appartient à cette catégorie, et la chanson qui le définit est « Black Betty », l’une des reprises les plus célèbres et les plus énergiques du hard rock américain des années soixante-dix.

Ram Jam est formé autour de Bill Bartlett, guitariste qui avait précédemment joué avec les Lemon Pipers, groupe de pop psychédélique connu pour son hit « Green Tambourine » en 1968. Bartlett avait donc une histoire dans la musique pop commerciale avant de fondre sa vision dans quelque chose de beaucoup plus brut et plus direct. La formation de Ram Jam autour d’un son de hard rock puissant et sans compromis est une reconversion réussie qui dit la capacité de certains musiciens à se réinventer totalement.

« Black Betty » est une chanson traditionnelle américaine dont les origines remontent aux chants de travail du début du vingtième siècle. Elle a été enregistrée par Lead Belly dans les années quarante et par de nombreux artistes depuis lors, chacun l’adaptant à ses propres besoins musicaux. La version de Ram Jam est la plus électrique et la plus puissante de toutes : Bartlett joue le riff avec une distorsion et une intensité qui transforment la mélodie traditionnelle en quelque chose de physiquement irrésistible. Le solo de guitare est l’un des moments les plus satisfaisants du hard rock de l’année.

La section rythmique du groupe, avec Howie Arthur Blauvelt à la basse et Peter Charles à la batterie, fournit une fondation d’une solidité absolue sur laquelle Bartlett peut jouer avec la liberté qui caractérise les meilleurs guitaristes de hard rock. Le groove de « Black Betty » doit autant à la section rythmique qu’au riff de guitare, et c’est l’ensemble qui fait l’impact.

Le reste de l’album explore des territoires variés du hard rock américain de la période, avec une alternance de morceaux rapides et directs et de passages plus mélancoliques qui montrent que le groupe cherchait à construire une identité musicale qui ne se réduisait pas à une seule formule. Des morceaux comme « High Flyin’ Woman » et « Keep Your Hands on the Wheel » confirment les capacités du groupe à écrire des chansons hard rock efficaces en dehors du matériel traditionnel.

Bartlett a un style de jeu qui doit beaucoup aux guitaristes de blues du sud des États-Unis, filtré à travers les influences du hard rock britannique qui dominait la scène au milieu des années soixante-dix. Cette double filiation, américaine dans les racines et britannique dans l’amplification, est caractéristique de beaucoup de hard rock américain de l’époque.

La production de Billy Ayers et Shaun Simons capture le groupe avec un son de guitare particulièrement réussi : clair dans les lignes mélodiques, puissant dans les riffs, avec une présence dans le mix qui fait que les guitares semblent presque tridimensionnelles. Ce soin apporté au son de guitare est ce qui distingue les bons albums de hard rock des productions moins soignées.

« Black Betty » a été un succès international, atteignant le top 10 dans plusieurs pays et introduisant Ram Jam à un public mondial qui n’aurait peut-être pas entendu parler d’eux autrement. La chanson continue d’être utilisée dans des films, des publicités et des émissions sportives des décennies après sa sortie, maintenant en vie le nom d’un groupe dont la carrière n’a pas eu la durée que cette chanson aurait pu laisser espérer.

L’album de Ram Jam est un exemple de ce que le hard rock américain produisait de meilleur en 1977 : des musiciens sérieux qui jouaient avec conviction et technique, des chansons construites sur des riffs efficaces, et une énergie live qu’ils réussissaient à capturer en studio. Pour les amateurs du genre, c’est un disque satisfaisant de la première à la dernière note.

L’histoire de Ram Jam après « Black Betty » illustre une des difficultés du rock : quand une chanson dépasse tellement le reste de ce qu’un groupe fait, il devient presque impossible d’exister artistiquement dans son ombre. Le groupe a continué à jouer et à enregistrer pendant quelques années sans jamais retrouver ce qui avait rendu « Black Betty » universellement reconnaissable. Mais l’album qui la contient mérite d’être écouté dans son intégralité pour comprendre que Ram Jam était un groupe de hard rock sérieux et capable, pas seulement les musiciens qui avaient enregistré une chanson traditionnelle avec les bonnes guitares au bon moment.

Bill Bartlett a toujours dit que « Black Betty » était pour lui une chanson folk américaine qu’il voulait rendre à l’électricité rock qu’elle aurait pu avoir si elle avait été écrite dans un autre contexte. Cette vision de la continuité entre le folk traditionnel et le hard rock est plus musicalement sophistiquée qu’on ne le croirait d’un groupe souvent catalogué comme one-hit wonder. L’album de Ram Jam, dans son ensemble, reflète cette continuité : c’est du rock ancré dans une tradition américaine longue, joué avec les outils de 1977.

La note des passionnés

4,0 /5

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