Sous sa mémorable pochette, ce premier album révèle un furieux groupe de boogie rock. Point Blank, dévastateur sur scène, relève à l’époque le défi de premières parties des Kiss, ZZ Top, Aerosmith ou Joe Walsh. Un groupe texan qui sonne comme le Texas.
Fort Worth et le boogie texan
Point Blank est formé à Fort Worth, Texas, en 1974. Rusty Burns à la guitare solo, Kim Davis à la guitare rythmique, Philip Petty à la basse, Bill Randolph à la batterie et John O’Daniel au chant : cinq Texans qui ont grandi dans l’ombre des autoroutes et des derricks pétroliers, et qui font une musique qui sent l’asphalte chaud et l’essence sans plomb. Le Texas a une tradition de blues et de boogie-rock qui remonte à T-Bone Walker et qui trouve dans Point Blank une nouvelle génération de porte-flambeaux.
Le groupe est signé sur Arista Records et produit par Bill Szymczyk, le producteur des Eagles et de B.B. King, ce qui dit immédiatement le niveau d’ambition et la qualité de production de ce premier album. Szymczyk comprend qu’avec Point Blank, il faut enregistrer une énergie brute sans trop la polir : trop de production et on perd ce qui rend le groupe intéressant.
Le boogie comme philosophie
Le boogie rock texan est un genre particulier : plus lent que le punk, plus lourd que le rock classique, plus direct que le blues. C’est une musique de voitures et de routes, de vendredi soirs et de bars qui ferment tard. ZZ Top a défini le style en Big Country, Lynyrd Skynyrd l’a radicalisé avec ses guitares à triple axe, et Point Blank en propose une version propre et efficace qui tient aussi bien dans une arène que dans un honky-tonk.
John O’Daniel est un chanteur de la tradition sudiste : une voix de gorge, directe, qui ne cherche pas la sophistication mais la conviction. Rusty Burns est un guitariste de l’école Duane Allman, avec une technique slide qui s’exprime librement sur les titres les plus lents. Kim Davis tient le riff rythmique avec la régularité d’une locomotive, permettant à Burns d’improviser par-dessus sans que la structure s’effondre.

Premières parties et la route sans fin
La réputation de Point Blank se construit sur scène. Le groupe donne des concerts incessants, assurant des premières parties pour Kiss (à l’apogée de leur démesure ALIVE!), ZZ Top (leurs compatriotes texans), Aerosmith (en pleine montée), Joe Walsh. Ces concerts forment le groupe à la perfection : la capacité à tenir une scène inconnue, à convaincre un public qui n’est pas là pour vous, est l’une des compétences les plus précieuses qu’un groupe de rock puisse développer.
Point Blank enregistrera plusieurs albums au cours des années suivantes sans jamais vraiment percé au niveau national, victime en partie de la vague punk et new wave qui dévalorise commercialement le hard rock sudiste à partir de 1977. Mais ce premier album reste un document précieux sur ce que le rock texan savait faire en 1976 : jouer fort, jouer long, et jouer avec tout ce qu’on a.
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