Status Quo. Londres, 1972. Il y a un moment dans l’histoire de Status Quo où le groupe cesse d’être une chose et devient une autre. Les premiers albums, « Picturesque Matchstickable Messages from the Status Quo » et « Spare Parts », étaient des disques de pop psychédélique teintée de flower power, très loin de ce que le groupe allait devenir. Puis vient « Ma Kelly’s Greasy Spoon » en 1970 et la transformation commence. Avec « Piledriver », en 1972, la métamorphose est achevée : le boogie rock à double guitare rythmique qui allait définir Status Quo pour les décennies suivantes est là, pleinement formé et d’une efficacité redoutable.
Francis Rossi et Rick Parfitt jouant des riffs de guitare rythmique en synchronisation parfaite : c’est l’image de Status Quo que la plupart des gens ont en tête, et « Piledriver » est l’album sur lequel cette image s’est cristallisée. Les deux guitaristes se tenaient sur scène légèrement penchés vers l’avant, les cheveux longs dans les yeux, leurs Gibson SG battant le tempo avec une précision et une puissance qui en faisaient presque des instruments de percussion autant que mélodiques.
John Coghlan à la batterie et Alan Lancaster à la basse formaient une section rythmique d’une solidité à toute épreuve. Le groove de Status Quo, ce boogie shuffle hérité du blues de Chicago mais transposé dans un contexte rock britannique, dépendait de la précision et de la cohésion de ces deux musiciens. Coghlan jouait avec une puissance et une clarté qui donnaient au son du groupe son ancrage physique caractéristique.
« Paper Plane » est la chanson la plus connue de l’album, un single qui atteint le top 10 du chart britannique et qui annonce la période de succès commercial la plus productive du groupe. La chanson a tout ce qui fait un grand tube de Status Quo : un riff mémorable, un groove irrésistible, un refrain qui reste dans la tête, et une durée raisonnable qui permet à la radio de la passer sans réfléchir.
Vertigo Records, le label qui avait signé les meilleurs groupes de hard rock et de rock progressif britanniques de l’époque, distribuait l’album. La signature de Status Quo chez Vertigo signalait que le groupe avait changé de catégorie musicale : ce n’était plus la pop psychédélique de leurs débuts, mais une forme de rock beaucoup plus physique et directe.
L’héritage de « Piledriver » dans l’histoire du rock est celui d’un album qui avait fixé une formule. Cette formule était simple, efficace, et d’une robustesse qui lui permettrait de fonctionner pendant des décennies encore.
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