1971 Album

Live at Fillmore West

par KING CURTIS

4,0
Sortie 1971

King Curtis. San Francisco, 5 mars 1971. Cette nuit-là au Fillmore West, Curtis Ousley joue le concert de sa vie. Il mourra assassiné cinq mois plus tard dans les rues de New York, le 13 août 1971. Il avait 37 ans. « Live at Fillmore West » est sorti après sa mort, un testament sonore d’un saxophoniste dont l’influence sur le son de la soul et du rhythm and blues américain avait été aussi profonde que discrète, un de ces musiciens qui ont défini le son d’une époque depuis les coulisses des studios sans recevoir leur pleine part de reconnaissance publique.

Curtis Ousley est né à Fort Worth, Texas, le 7 février 1934. Il apprend le saxophone alto puis le ténor, développe un style qui combine le bebop de son idole Charlie Parker avec le honkin’ rhythm and blues qui faisait danser les salles dans tout le Sud américain. Sa carrière de musicien de session à New York l’amène à jouer sur des centaines d’enregistrements pour Atlantic Records : Sam Cooke, Aretha Franklin, Ben E. King, the Coasters, the Drifters. Sa ligne de saxophone sur « Yakety Yak » des Coasters est l’une des phrases musicales les plus reconnaissables du rock and roll des années 1950.

Sa collaboration avec Aretha Franklin avait pris une dimension particulière. King Curtis et son groupe the Kingpins étaient le groupe live d’Aretha depuis plusieurs années. Cornell Dupree à la guitare, Richard Tee au piano, Chuck Rainey à la basse : le groupe qui accompagnait Curtis au Fillmore West était parmi les musiciens de soul et de funk les plus talentueux de New York. Ce concert était l’occasion de les entendre dans toute leur gloire collective.

Aretha Franklin elle-même est présente au concert de ce soir-là. Sa participation à « Spirit in the Dark » transforme ce qui était déjà un concert exceptionnel en quelque chose de légendaire. Ces deux musiciens qui se connaissaient si bien, qui avaient joué ensemble tant de fois, qui comprenaient la même musique de la même façon : leur rencontre sur scène ce soir-là est l’un des moments les plus extraordinaires capturés sur disque de toute cette ère de la soul américaine.

« A Whiter Shade of Pale » de Procol Harum dans les mains de King Curtis devient quelque chose d’entièrement différent de l’original baroque. Curtis l’aborde avec les outils du blues et du soul, transformant la grandeur gothique de Gary Brooker en quelque chose de plus chaud, de plus humain, de plus directement émouvant. C’est la démonstration de la façon dont un musicien de premier rang s’approprie un matériel et le fait sien sans trahir l’original.

La pochette de l’album, publiée après la mort de Curtis, porte la tristesse de la circonstance. Atco Records, filiale d’Atlantic, a pris le soin de faire de cette publication un hommage digne du musicien. La qualité de l’enregistrement et du son est exemplaire, ce qui permet à toutes les nuances du jeu de Curtis d’être entendues avec la clarté qu’elles méritent.

King Curtis a influencé des générations de saxophonistes de soul, de funk et de rock. Steve Douglas, Plas Johnson, Maceo Parker : sa façon d’aborder le saxophone comme un instrument de mélodie et de groove simultanément a redéfini le rôle du saxo dans la musique populaire américaine. Ce concert au Fillmore West est le meilleur document sonore qui reste de son talent inégalé.

Sur X : @kingcurtis

La note des passionnés

4,0 /5

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