Sortie 1967

John Lee Hooker, l’album de 1967 : le boogie man éternel ne s’arrête jamais

Pendant que les gamins blancs de San Francisco se prennent pour des bluesmen sous acide, le vrai blues continue de tourner, inlassable, dans les clubs enfumés de Detroit et de Chicago. John Lee Hooker, né en 1917 à Clarksdale, Mississippi, berceau du Delta blues, est en 1967 un vétéran de cinquante ans qui joue du blues depuis plus longtemps que la plupart des rockers psychédéliques n’ont vécu. Son style est immédiatement reconnaissable : un boogie hypnotique, souvent sur un seul accord, rythmé par le tapement de son pied sur le sol, avec cette voix de basse profonde qui gronde comme un orage lointain.

John Lee Hooker blues 1967

Le one-chord boogie comme philosophie de vie

Le secret de John Lee Hooker, c’est la répétition hypnotique. Là où la plupart des bluesmen jouent des progressions de douze mesures, Hooker reste souvent sur un seul accord, martelant son boogie avec une obstination trancique qui anticipe la musique minimaliste et la techno de trente ans. Son pied bat la mesure comme un métronome organique, sa guitare gronde, et sa voix raconte des histoires de femmes, de whisky, de trains et de solitude.

Le blues, c’est pas compliqué. C’est un homme, une guitare, et la vérité. Si tu as ces trois choses, tu n’as besoin de rien d’autre.

En 1967, Hooker enregistre pour Vee-Jay Records et d’autres labels, prolifique comme toujours. Le bonhomme a enregistré sous une douzaine de pseudonymes différents pour contourner ses contrats exclusifs : Texas Slim, Delta John, Birmingham Sam, Johnny Williams. Sa discographie est un labyrinthe que même les spécialistes n’ont jamais entièrement cartographié.

Le pont entre le Delta et le rock

Fun fact d’importance historique : John Lee Hooker est le chaînon manquant entre le blues rural du Mississippi et le rock britannique des années 60. Les Animals ont repris Boom Boom. Les Rolling Stones ont repris Crawling King Snake. Van Morrison l’a vénéré toute sa vie. Quand les jeunes rockers anglais débarquaient à Chicago ou Detroit, c’est Hooker qu’ils voulaient voir, c’est lui qu’ils considéraient comme l’authenticité incarnée du blues.

Ce qui rend les enregistrements de Hooker de cette époque si fascinants, c’est leur brutalité. Pas de production léchée, pas d’arrangements sophistiqués. Juste l’homme et sa guitare, parfois accompagné d’un petit combo. Le son est brut, direct, primitif dans le meilleur sens du terme. C’est du rock avant le rock, du punk avant le punk, de la musique réduite à son essence absolue.

Hooker vivra jusqu’en 2001, mourant à 83 ans après une carrière de plus de soixante ans. Dans les années 80 et 90, il connaîtra un revival spectaculaire avec The Healer (1989), album de collaborations avec Bonnie Raitt, Carlos Santana et d’autres, qui le ramènera au premier plan. Mais les connaisseurs savent que le vrai Hooker, le Hooker essentiel, c’est celui des années 50 et 60, seul avec sa guitare et son pied.

En 1967, au milieu du bruit psychédélique, John Lee Hooker continuait de jouer son boogie d’un seul accord avec l’assurance tranquille d’un homme qui sait que les modes passent mais que le blues reste. Il avait raison. Le Summer of Love est un souvenir. Le boogie de Hooker est éternel.

La note des passionnés

4,0 /5

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John Lee Hooker