Membre de Weather Report, Jaco Pastorius a également joué avec Blood Sweat and Tears. Virtuose de la guitare basse, il est l’un des premiers à en faire un instrument solo. Il fait école et devient une incontournable référence, bien au delà de sa courte vie.
L’homme qui a réinventé la basse
John Francis Anthony Pastorius III naît à Norristown, Pennsylvanie, en 1951 et grandit à Fort Lauderdale, Floride. Il joue de la batterie dans l’orchestre de sa ville, de la guitare, du piano, avant de se fixer sur la basse à seize ans après s’être cassé le poignet droit. La basse, qui se joue principalement avec la main gauche, devient donc son instrument par nécessité. Ce que Pastorius en fait par la suite dépasse de loin la nécessité.
À vingt-trois ans, il enlève les frettes de sa basse lui-même, avec un tournevis et de la colle à bois, pour créer une basse fretless. Ce n’est pas la première basse fretless de l’histoire, mais personne avant lui ne l’a utilisée comme il va le faire : pour jouer des mélodies, des contre-chants, des solos qui sonnent comme un violoncelle amplifié dans un bain de reverb. « Je suis le meilleur bassiste du monde », dit-il à Joe Zawinul, le fondateur de Weather Report. Zawinul l’engage immédiatement.
Donna Lee et la révolution d’une chanson
L’album solo de Pastorius s’ouvre avec « Donna Lee », une composition de Charlie Parker (ou peut-être de Miles Davis, les musicologues débattent encore) habituellement jouée par des trompettes ou des saxophones. Pastorius la joue en solo à la basse fretless, à la vitesse originale, avec une précision et une fluidité qui laissent les musiciens sans voix. Nul n’avait jamais fait ça sur une basse. La chanson dure deux minutes. Elle change l’histoire de l’instrument.
« Portrait of Tracy » est l’autre chef-d’oeuvre de l’album, une pièce pour basse solo qui utilise des harmoniques naturelles pour créer une texture presque orchestrale. Pastorius joue des harmonics avec une précision qui exige une technique instrumentale de la plus haute exigence. La pièce porte le nom de sa femme à l’époque. Elle est d’une douceur déchirante, comme une conversation murmurée en son absence.

Weather Report et la fin tragique
Les musiciens qui l’entourent sur cet album sont l’élite du jazz fusion américain : Herbie Hancock aux claviers, Wayne Shorter au saxophone, Don Alias aux percussions. Leur présence témoigne du respect immédiat que Pastorius a suscité dans la communauté jazz-fusion en arrivant à New York. Zawinul dira : « Il m’a donné des frissons la première fois que je l’ai entendu jouer. »
Jaco Pastorius mourra le 21 septembre 1987, à trente-cinq ans, à Fort Lauderdale. Il avait été battu à l’extérieur d’une boîte de nuit par un videur après avoir essayé de forcer l’entrée. Il est décédé neuf jours plus tard des suites de ses blessures. Il souffrait de troubles bipolaires non traités depuis plusieurs années, et sa vie avait progressivement déraillé. Sa mort est l’une des pertes les plus tragiques de la musique du XXe siècle. Cet album solo, qui n’a qu’un seul concurrent direct (le live « Word of Mouth » de 1981), est le testament d’un musicien hors norme que le monde n’a pas su garder assez longtemps.
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