1971. Dans le paysage varié du rock britannique de cette année, les groupes de hard rock et de blues-rock continuent d’explorer les territoires que Led Zeppelin, Cream et les premiers Black Sabbath ont défrichés dans les années précédentes. La scène est dense et vivante, avec des groupes qui travaillent dans les clubs et les universités, construisent leurs réputations par des tournées incessantes, enregistrent des albums avec des budgets modestes mais des ambitions considérables.
« Hold Your Fire » est un titre qui dit quelque chose sur l’attitude du groupe qui le porte : une métaphore militaire devenue expression commune, retenir son feu, garder sa puissance en réserve jusqu’au moment de l’utiliser. Dans le contexte du rock, c’est une façon de dire qu’on a quelque chose de puissant à offrir et qu’on choisit le moment de le faire.
La scène hard rock britannique de 1971 était en pleine définition de ses codes. Le son Led Zeppelin avait établi une référence que tous les groupes du genre devaient, consciemment ou non, situer par rapport à eux-mêmes. Certains allaient dans la direction du heavy metal pur, avec des riffs encore plus massifs et des tempos encore plus lourds. D’autres cherchaient à maintenir le lien avec les traditions blues qui avaient nourri le rock britannique depuis les Rolling Stones et les Yardbirds.
Les guitares sont au centre de ce type de musique, et le guitariste est la figure centrale autour de laquelle tout le reste s’organise. Le bassiste et le batteur fournissent le fondement rythmique. Le chanteur donne un visage et une voix à l’ensemble. Mais c’est le guitariste qui définit le son, qui choisit les riffs qui vont rester dans la mémoire des auditeurs, qui construit les solos qui séparent les morceaux ordinaires des morceaux inoubliables.
La période 1969-1972 est celle de l’épanouissement du hard rock britannique dans sa forme classique. Après, les genres allaient se fragmenter : heavy metal vers des extrêmes de plus en plus radicaux, glam rock vers l’esthétique du spectacle, soft rock vers la légèreté pop. Mais dans ce moment précis, il y avait encore une unité de la scène, une façon partagée de comprendre ce que le rock dur devait être, qui permettait à des groupes très différents de coexister dans le même espace culturel.
Les tournées continues, les passages dans les venues de taille moyenne, les disques enregistrés vite avec peu d’argent mais beaucoup d’énergie : c’est le cycle de vie normal d’un groupe de rock de second rang dans la Grande-Bretagne de 1971. Ce cycle produit des albums qui n’ont pas toujours la finition technique des grandes productions, mais qui ont souvent une urgence et une conviction que les productions plus soignées perdent parfois.
Ces albums de la scène rock britannique de 1971 qui n’ont pas atteint la célébrité des grandes oeuvres de l’époque forment un corpus musical d’une valeur considérable pour les historiens de la musique et les collectionneurs de vinyle. Ils témoignent d’une scène en bonne santé, créative, diverse, et profondément attachée à la tradition du rock comme expression de l’énergie et de la conviction humaines.
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