Frampton’s Camel
par Peter FRAMPTON
Après Humble Pie, la liberté
1973. Peter Frampton publie Frampton’s Camel, son premier album solo, et commence une carrière en solitaire après avoir quitté Humble Pie. L’histoire de Frampton dans Humble Pie est une histoire de frustration créative : il avait co-fondé le groupe en 1969 avec Steve Marriott (ex-Small Faces) et y avait joué de la guitare pendant quatre ans. Humble Pie avait du succès, mais la direction du groupe était dictée par Marriott, et Frampton avait de plus en plus de mal à exprimer sa propre vision musicale dans ce contexte.
Frampton est né à Bromley, Kent, en 1950. Il avait commencé à jouer de la guitare comme enfant et avait déjà formé The Herd, groupe pop anglais avec lequel il avait eu quelques succès avant ses dix-huit ans. Le New Musical Express l’avait sacré « Face of 1968 », ce qui lui avait valu d’être considéré comme un sex symbol teen idol avant même d’avoir enregistré quoi que ce soit de sérieux musicalement. Cette réputation l’a suivi et parfois embarrassé.
Pour cet album, il forme un groupe de tournée nommé Camel, avec des musiciens qu’il a choisis pour leurs affinités musicales. La musique est plus mélodique, plus pop-rock, moins hard que ce qu’il faisait avec Humble Pie. Frampton est avant tout un mélodiste : sa guitare chante autant qu’elle gronde, et ses compositions cherchent le hook, la ligne mémorable, la mélodie qui reste. C’est une esthétique différente de celle du blues-rock saturé de Marriott.
La guitare qui parle
La contribution la plus durable de Peter Frampton à l’histoire de la guitare rock est l’usage du talk box, cet accessoire qui permet à la guitare de « parler » en transmettant le son de l’instrument à la bouche du guitariste à travers un tuyau, la bouche servant de résonateur. Cette technique, qu’il développera et popularisera à l’extrême sur l’album live Frampton Comes Alive! (1976), est présente sous forme embryonnaire dans ce premier album.
La reprise de Jumping Jack Flash des Rolling Stones figure sur l’album et montre Frampton dans un registre plus hard-rock, proche de ce qu’il faisait avec Humble Pie. C’est une façon de montrer la gamme complète de ses capacités : il peut jouer dur et fort, mais ce n’est pas là que réside son identité la plus personnelle. Son identité est dans les ballades, dans les riffs mélodiques, dans les solos qui chantent une mélodie plutôt que d’explorer des gammes.
La production de Chris Kimsey et de Frampton lui-même est propre et claire. Chaque instrument est bien défini dans le mix, et la guitare de Frampton est au premier plan sans écraser les autres. C’est un équilibre difficile à trouver dans le rock des années 1970, époque où le volume était souvent confondu avec la puissance.
Trois ans avant la gloire
Le succès de Frampton Comes Alive! en 1976 sera le plus grand succès d’un album live dans l’histoire de l’industrie musicale jusqu’à cette date. Il vendra plusieurs millions d’exemplaires en quelques mois et fera de Frampton une star mondiale. Mais cette gloire est en germe ici, dans ce premier album modeste qui posait les fondations d’un son et d’une approche.
Les fans de Frampton Comes Alive! qui retournent à Frampton’s Camel y trouvent souvent la même chaleur et la même accessibilité, mais en format plus concentré et moins spectaculaire. C’est l’esquisse avant le grand tableau. Et comme souvent avec les esquisses, il y a une fraîcheur et une spontanéité qu’on ne retrouve pas toujours dans l’oeuvre définitive.
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