Detroit et ses fils
1973. Bob Seger publie Back in ’72, un de ses premiers albums, et continue de construire patiemment la réputation d’un musicien de rock et roll du Midwest américain dont la gloire commerciale viendra plus tard mais dont les fondations artistiques sont posées depuis le début. Seger vient de Detroit, ville ouvrière et industrielle qui a produit une scène musicale exceptionnellement riche : Motown, les Stooges, MC5, Mitch Ryder and the Detroit Wheels, Ted Nugent.
Bob Seger chante le rock and roll de la classe ouvrière américaine avec une conviction et une authenticité qui doivent autant à Jerry Lee Lewis et Chuck Berry qu’aux grands chanteurs soul de la Motown. Sa voix est puissante et directe, avec cette qualité éraillée qui dit que le chanteur ne ménage pas ses cordes vocales, qu’il donne tout à chaque performance. Dans les petites salles du Michigan et de l’Ohio où le Bob Seger System joue pendant les premières années de sa carrière, cette intensité crée une connexion avec le public qui ne se fabrique pas.
L’album contient des compositions originales et des reprises soigneusement choisies qui montrent la palette musicale de Seger : du rock rapide et physique, des ballades qui respirent, du rythm and blues au ralenti. Il n’est pas encore l’artiste qui écrira Night Moves ou Against the Wind, ces grandes chansons mélancoliques sur le passage du temps et la nostalgie de la jeunesse. Mais les thèmes sont déjà là en germe : le Midwest comme paysage émotionnel, la route comme liberté, la musique comme seule réponse aux questions que la vie pose.
La longue patience avant la gloire
Bob Seger n’aura son premier grand succès commercial qu’en 1976 avec l’album live Live Bullet, enregistré à Detroit. Puis Night Moves en 1976 et Stranger in Town en 1978 l’installeront définitivement dans le panthéon du rock américain. Ce parcours long et patient, construit concert après concert dans le Midwest, année après année sans percée nationale, est un exemple de persévérance artistique rare dans une industrie qui préfère les succès immédiats.
La Silver Bullet Band, qui deviendra son groupe permanent, n’est pas encore complètement formée à cette époque. Mais les musiciens qui l’entourent sur Back in ’72 partagent sa vision du rock comme affaire de travail et d’honnêteté. Pas de prétention prog, pas d’expérimentation pour l’expérimentation, pas de jeux d’image. Du rock and roll joué avec sérieux par des gens qui y croient.
La région des Grands Lacs américains a une tradition musicale qui lui est propre, distincte de Nashville, de New York ou de Los Angeles. C’est une musique de factories et de lacs gelés, de nuits d’hiver très longues et de courts étés intenses, une musique qui n’a pas le temps d’être sophistiquée parce qu’il faut travailler demain matin tôt. Seger en est l’un des représentants les plus fidèles et les plus talentueux.
La fidélité au territoire
Contrairement à beaucoup de ses contemporains, Bob Seger ne s’est jamais installé à Los Angeles ou à New York. Il est resté à Detroit, dans le Michigan, fidèle à son territoire et à son public d’origine. Cette fidélité au lieu n’est pas du provincialisme. C’est une façon de garder le contact avec la réalité qui nourrit la musique. Back in ’72 est l’un des premiers chapitres de cette histoire.
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