1967 Album

Equals Explosion – Unqualled Equals

par The EQUALS

4,0
Sortie 1967
Artiste The EQUALS
Genres pop · psychédélique

The Equals, Equals Explosion / Unequalled Equals (1967) : La Révolution Ska-Pop Qui Précéda Tout le Monde

Voilà un groupe qui mérite mieux que l’oubli relatif dans lequel l’histoire du rock l’a relégué. Les Equals, formation londonienne multiraciale fondée en 1965, pratiquaient en 1967 une musique qui n’existait pas encore officiellement. Mélange de ska jamaïcain, de pop british, de rhythm and blues américain et d’une énergie ska-rock qui ne trouverait son nom que bien des années plus tard, ils ont tout inventé avant tout le monde. Et personne ne s’en souvient vraiment. Crime contre la mémoire musicale.

Eddie Grant, leur guitariste prodige d’origine guyanaise, avait dix-neuf ans quand il a cofondé le groupe. Vingt ans plus tard, il serait mondialement connu pour Electric Avenue. Mais en 1967, il était simplement le gamin aux doigts d’or qui faisait danser les foules londoniennes avec une virtuosité déconcertante pour son âge.

Baby Come Back, ou la Chanson Qui Refuse de Mourir

Impossible de parler des Equals sans s’arrêter longuement sur Baby Come Back. Ce titre, composé en 1966 et inclus dans les deux versions de l’album (qui fut publié sous deux titres différents selon les marchés, Equals Explosion au Royaume-Uni et Unequalled Equals aux États-Unis), est une des grandes enigmes de la pop mondiale. Comment une chanson aussi simple, aussi directe, aux paroles aussi peu sophistiquées, peut-elle être aussi irrésistiblement efficace ?

La réponse est dans le groove. Ce groove syncopé, cette façon qu’a la basse de dialoguer avec la guitare d’Eddie Grant, cette voix d’Eddy Williams qui supplie avec une dignité absolue, tout concourt à créer une tension émotionnelle qui ne se relâche jamais. Le titre atteint la numéro un au Royaume-Uni en 1968, mais il avait déjà conquis l’Europe continentale dès 1967. En Allemagne, en Hollande, en Belgique, les Equals étaient des stars absolues.

« Nous n’avions pas de case. Trop noirs pour la pop blanche, trop pop pour le marché noir, trop british pour la Jamaïque, trop jamaïcains pour les Britaniques. Nous étions simplement les Equals, et c’était parfait. » – Eddie Grant

La Question Raciale au Coeur du Projet

Les Equals méritent une reconnaissance particulière pour leur aspect pionnier en matière d’intégration raciale dans le rock britannique. En 1967, dans une Angleterre où les Caribéens vivaient souvent dans des quartiers ségrégués de facto, où les panneaux No dogs, no blacks, no Irish ornaient encore les fenêtres de certains logements à louer, un groupe mélangeant musiciens blancs et noirs n’était pas une évidence. C’était un acte politique avant d’être un choix esthétique.

Cette mixité se retrouve dans la musique. Eddie Grant apportait les rythmes des Antilles, ses partenaires blancs la mélodie pop british. Le résultat n’était pas un compromis mais une fusion, quelque chose de nouveau qui n’existait pas avant leur rencontre. Vingt ans avant que le terme world music soit inventé par des directeurs marketing en mal d’exotisme, les Equals le pratiquaient dans des clubs enfumés de Holloway Road.

The Equals - Unequalled Equals album cover 1967

La Géographie d’un Album Double Titre

Le fait que cet album ait été publié sous deux titres différents dit beaucoup sur la réalité commerciale du rock des sixties. Pour les maisons de disques, la musique était un produit comme un autre, adapté aux marchés locaux comme une publicité pour du dentifrice. Equals Explosion sonnait plus énergique pour le public britannique. Unequalled Equals jouait sur le jeu de mots pour les Américains. Derrière, c’est le même disque, la même musique, le même génie.

Les deux versions incluent des variations dans la tracklist, quelques titres ajoutés ou retirés selon les marchés. Cette pratique courante dans les années soixante est une véritable catastrophe pour les collectionneurs et les historiens de la musique, qui doivent jongler avec des discographies à géométrie variable. Mais pour l’amateur curieux, c’est aussi une invitation à la chasse aux variantes, aux pressages originaux, aux matrices différentes. La collection de vinyle a ses joies obsessionnelles.

La Production Shel Talmy

Shel Talmy est l’un des grands producteurs méconnus de la période britannique classique. Il a produit les premiers albums des Who, des Kinks, des Easybeats. Sa patte est reconnaissable : des basses profondes, des guitares qui coupent, une batterie qui frappe sans chercher à être sophistiquée. Sur les Equals, il laisse Eddie Grant exprimer toute sa fluidité guitare sans l’étouffer sous des arrangements superflus.

Le titre I Won’t Be There est un exemple parfait de cette collaboration. La ligne de guitare d’Eddie Grant est d’une sophistication harmonique rare pour du pop rock de 1967, mais elle ne sonne jamais prétentieuse. Elle sert la mélodie, elle sert la chanson, elle sert le danseur qui fait vibrer le parquet du club. C’est ça, l’intelligence musicale dans sa forme la plus pure.

L’Héritage qui Traverse les Décennies

En 1979, quand les Specials et la vague Two-Tone déferlent sur le Royaume-Uni en mélangeant ska et punk, les jeunes musiciens de Coventry et Birmingham citent régulièrement les Equals comme influence primaire. Jerry Dammers avait compris ce que les Equals avaient fait douze ans plus tôt : que la musique des Caraïbes et le rock blanc pouvaient se rencontrer de façon explosive, politiquement chargée, dansante et contestataire simultanément.

Police, avec Roxanne et ses accents reggae en 1978, doit aussi beaucoup aux Equals. Sting ne le nie pas. Cette chaîne d’influences souterraine, ce fleuve musical qui court sous la surface visible du rock mainstream, c’est l’une des choses les plus fascinantes de la pop music britannique. Et à la source de ce fleuve, modestement, avec leur veste à carreaux et leurs guitares mal accordées, on trouve les Equals en train de jouer Baby Come Back pour la centième fois ce soir-là, et le public ne s’en lasse toujours pas.

Note : 8,5/10. Le chaînon manquant entre Jamaïque et Camden Town.

La note des passionnés

4,0 /5

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