1971 Album

Crazy Horse

par CRAZY HORSE

4,0
Sortie 1971
Genres folk rock · hard rock

Crazy Horse. Los Angeles, 1971. Le groupe de backing band de Neil Young prend son independance le temps d’un album et revele en le faisant qu’il est bien plus qu’un simple accompagnateur. Crazy Horse a une identite musicale propre, un son reconnaissable et une capacite de composition qui merite qu’on s’y attarde. Le batteur Ralph Molina, le bassiste Billy Talbot, le guitariste Danny Whitten et le pianiste Nils Lofgren : quatre musiciens qui jouent ensemble avec la telepathie de gens qui se connaissent depuis longtemps et qui ont appris a s’ecouter vraiment.

Danny Whitten est au centre de cet album. Guitariste et compositeur du groupe, il apporte une sensibilite melodique et une vulnerabilite emotionnelle qui donnent aux morceaux une dimension particuliere. Sa voix est belle et fragile, capable d’exprimer une tendresse et une douleur authentiques que les artifices de production n’ont pas besoin de simuler. Il est la ame visible de Crazy Horse, celui qui donne au groupe son caractere le plus reconnaissable.

« Dance Dance Dance » est un boogie rock d’une energie communicative immediate. Le riff de Whitten est simple et efficace, la section rythmique de Talbot et Molina groove avec cette deroute detendue qui caracterise le son Crazy Horse. La production de David Briggs est directe : les instruments sonnent comme ils sonnent, pas de surproduction ni de nettoyage excessif. C’est le son d’un groupe qui joue dans une grande salle, avec l’air et l’espace qui donnent au son sa naturelle ampleur.

« I Don’t Want to Talk About It » est l’une des grandes surprises de cet album. Un morceau ecrit par Danny Whitten d’une beaute et d’une sincercite bouleversantes. Une ballade sur la douleur de ne plus pouvoir communiquer, sur les mots qui ne viennent pas quand on en aurait le plus besoin. Rod Stewart en fera une version celebre quelques annees plus tard, mais l’original de Whitten, avec sa vulnerabilite nue et sa simplicite melodique, reste insurpassable.

Nils Lofgren, dix-huit ans, joue du piano sur cet album avec une maturite qui surprend. Il avait deja travaille avec Neil Young sur « After the Gold Rush » et developpe au contact de Young une comprehension musicale qui depasse son age. Son piano sur les morceaux plus lents apporte une couleur douce et nostalgique qui equilbre l’energie rock des guitaristes.

Billy Talbot joue la basse avec ce style particulier qui definit en partie le son Crazy Horse : des lignes simples, stabiles, qui laissent aux autres instruments la liberte de bouger. Il ne cherche pas le solo ni la virtuosite. Il cherche le groove qui tient tout ensemble. C’est un service rendu a la musique qui merite autant d’admiration que les performances les plus eclatantes.

Ralph Molina est le gardien du temps. Sa batterie est jouee avec une regularite et une force qui rappellent les grands batteurs de rhythm and blues americain. Il y a quelque chose de fondamental dans son jeu, une connexion aux traditions musicales les plus profondes de la musique populaire americaine, qui donne a chaque morceau qu’il joue une assise indeplacable.

Danny Whitten est mort en novembre 1972, peu apres le debut des repetitions pour la tournee de Neil Young. Sa disparition a frappe profondement Young et tous ceux qui le connaissaient. Cet album, enregistre un an avant sa mort, est le meilleur document musical de son talent et de sa sensibilite exceptionnels. Il merite d’etre entendu et reconnu comme tel.

Sur X : @crazyhorse

La note des passionnés

4,0 /5

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