Black Pearl, Black Pearl (1969) : une perle dans le flux furieux du rock americain
1969 est une annee extraordinaire pour la musique rock americaine. Entre Woodstock et la fin d’une decennie qui a tout change, entre « Abbey Road » et « Led Zeppelin II », entre les debuts de Crosby Stills Nash and Young et la derniere grande tournee des Doors, une multitude de groupes enregistrent leurs premiers albums, esperant trouver leur place dans un marche musical en pleine ebullition. Atlantic Records, le label fonde par Ahmet Ertegun et dont la discographie couvre tout le spectre de la musique americaine depuis le milieu des annees 40, signe cette annee-la des dizaines de groupes de rock, voyant dans ce genre en expansion une opportunite commerciale et artistique considerable. C’est dans ce contexte fertile et concurrentiel que Black Pearl, un groupe de rock americain, publie son premier album auto-intitule, une collection de morceaux qui temoigne de la richesse et de la diversite du rock de cette periode charniere.
Black Pearl s’inscrit dans la grande tradition du hard rock et du blues-rock qui definit l’ere post-Cream, post-Hendrix. Apres que Clapton, Bruce et Baker ont demontre qu’un trio peut produire un son massif et nuance a la fois, apres que Hendrix a redefini les possibilites de la guitare electrique, des centaines de groupes explorent ce nouveau territoire sonore avec avidite. Black Pearl fait partie de ces explorateurs, de ces aventuriers du son qui cherchent a pousser plus loin les frontieres de la musique amplifiee, a trouver dans la rencontre du blues et de l’ampli Marshall une alchimie propre a leur sensibilite et a leur vision artistique. L’album temoigne de l’influence profonde du blues electrique britannique sur les jeunes musiciens americains de la fin des annees 60 : le paradoxe savoureux de fils d’une tradition musicale qui ont du passer par Londres pour la retrouver avec des yeux neufs.
Atlantic Records, laboratoire du rock americain
Atlantic Records est le label ideal pour ce type de musique. Fonde en 1947 par Ahmet Ertegun, fils d’un ambassadeur turc, et son associe Herb Abramson, le label new-yorkais a ete construit sur une passion absolue pour la musique noire americaine. Ertegun est un collectionneur de disques de blues et de jazz, un homme dont l’oreille absolue pour la musique a produit des carrieres comme celles de Ray Charles, Aretha Franklin et Solomon Burke. Quand le rock arrive dans les annees 60, Ertegun reconnait immediatement la continuite avec cette tradition. Il signe Cream, Led Zeppelin, Crosby Stills Nash and Young. Il signe aussi des dizaines de groupes moins connus, des artistes dont l’oeuvre reste precieuse pour ceux qui les ont trouves a l’epoque et pour les collectionneurs qui les decouvrent aujourd’hui avec l’enthousiasme des explorateurs.
Ce qui caracterise le rock americain de 1969 dans sa composante hard et blues, c’est une dualite constante entre la rudesse et la finesse, entre la brutalite des riffs et la delicatesse des melodies. Les groupes de cette generation ont tous ete formes au blues, a ses contraintes formelles, a ses traditions. Mais ils ont aussi ete nourris du rock and roll des annees 50, de la frenasie des premiers Chuck Berry et Little Richard. Black Pearl, comme tant d’autres, navigue entre ces poles, cherchant un equilibre qui lui soit propre, une voix qui lui appartienne dans le grand concert de l’epoque. Les guitares sonnent avec cette urgence caracteristique de 1969, cette conviction que chaque note joue est la derniere avant la fin du monde.
L’histoire du rock est pleine de ces groupes qui n’ont jamais trouve leur public de masse mais dont les albums constituent des jalons importants dans l’evolution du genre. Black Pearl appartient a cette categorie : artisans consciencieux d’un art en train de se chercher, musiciens sinceres dans une periode de sincerite musicale extraordinaire. 1969 est l’annee ou le rock est encore assez jeune pour que tout soit possible, assez etabli pour que les musiciens aient des references et des ambitions, assez democratique pour qu’un groupe sans hit single puisse sortir un album sur un grand label et trouver un public dans les colleges et les clubs de la cote Est.
L’album Black Pearl represente un fragment de cette histoire collective, une voix parmi d’autres dans le grand choeur du rock americain de la fin des annees 60. Une voix qui merite d’etre entendue pour ce qu’elle est : l’expression authentique d’une epoque ou la musique etait le medium privilegie d’une generation entiere. Dans la bibliotheque infinie des disques de 1969, Black Pearl a sa place, discrete et necessaire, comme une perle que l’on trouve par hasard et que l’on n’oublie pas.
Les groupes comme Black Pearl constituent le tissu conjonctif de l’histoire du rock. Ce ne sont pas les vedettes, pas les innovateurs au sens ou on entend ce mot, mais ils sont les porteurs d’une tradition musicale vivante, les interpretes d’un moment culturel specifique, les temoins sonores d’une epoque qu’on ne peut comprendre qu’en les ecoutant eux aussi, pas seulement les grands noms. Atlantic Records avait cette intelligence-la : signer et enregistrer non seulement les stars mais aussi les artisans, pas seulement les prophetes mais aussi les pratiquants. C’est cette politique editoriale qui a fait d’Atlantic le label le plus important de son epoque, celui dont la discographie raconte le plus completement l’histoire de la musique americaine du milieu du XXe siecle. Black Pearl fait partie de cette histoire et merite a ce titre d’etre connu et reconnu pour sa contribution propre.
« Atlantic Records en 1969, c’etait la liberte totale pour des dizaines de groupes qui essayaient de definir ce qu’allait etre le rock des annees 70. Certains y parvinrent, d’autres non. Tous le tenterent avec passion. » (Ahmet Ertegun)
La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration



