Jonathan Richman est l’une des personnalités les plus singulières et les plus attachantes du rock américain des trente dernières années. Né à Boston en 1951, il a formé les Modern Lovers au début des années soixante-dix avec des musiciens qui incluaient David Robinson et Jerry Harrison, deux futurs membres des Talking Heads. Le groupe original avait enregistré un album produit par John Cale qui n’a été publié qu’en 1976, mais dont l’influence sur le punk et le post-punk américain a été profonde et immédiate. « Back in Your Life », sorti en 1979, est l’un des derniers albums de Jonathan Richman avec les Modern Lovers sous ce nom, et il illustre parfaitement où il en était à cette période : quelqu’un qui avait délibérément choisi la simplicité et la sincérité comme esthétique dans un monde musical qui valorisait la sophistication et la distance.
Richman est l’un des artistes les plus honnêtement naïfs du rock américain, dans le meilleur sens du terme. Sa musique est délibérément simple, avec des arrangements dépouillés qui ne cherchent pas à impressionner mais à communiquer directement. Ses textes sont écrits avec la franchise d’un enfant qui dit ce qu’il pense sans passer par le filtre des conventions sociales qui font que les adultes disent rarement exactement ce qu’ils ressentent.
« Back in Your Life » est une déclaration d’intention qui dit exactement ce que le titre annonce : Richman est là, il revient dans la vie de l’auditeur avec des chansons simples et directes qui parlent de l’amour, de la route, des petits bonheurs de l’existence. Ce programme modeste est mis en oeuvre avec une conviction et une joie qui font que l’album est immédiatement charmant.
Sa voix est l’un des traits les plus distinctifs de sa personnalité musicale. Il chante avec une légèreté et une fragilité qui contrastent avec la puissance vocale que le rock valorisait ordinairement. Cette fragilité est une force : elle dit quelqu’un qui assume complètement sa sensibilité et qui n’a pas peur d’être vu comme vulnérable dans un contexte culturel où la dureté était souvent la norme affichée.
Les arrangements de l’album sont construits autour de la guitare acoustique de Richman, avec une section rythmique discrète et quelques couleurs instrumentales ajoutées selon les besoins de chaque chanson. Cette économie de moyens correspond parfaitement à l’esthétique générale : pas d’ornements qui ne servent pas la chanson, pas de démonstrations techniques qui détournent l’attention du message.
La relation de Richman avec ses fans, ceux qui ont découvert les Modern Lovers originaux dans les années soixante-dix, a parfois été compliquée par sa décision délibérée de s’éloigner de l’énergie et de l’urgence du premier album pour aller vers quelque chose de plus doux et de plus joyeux. Mais cette évolution dit une cohérence artistique profonde : Richman a toujours suivi sa propre logique intérieure plutôt que les attentes de son public ou les tendances du marché.
L’influence de Jonathan Richman sur des artistes aussi différents que les Ramones, Morrissey ou REM est souvent citée et toujours authentique. Ce qu’il a offert à ces artistes n’est pas un son ou une technique mais une façon d’être musicien : avec une honnêteté totale sur ce qu’on est et ce qu’on cherche à dire, sans se soucier de ce que cela produit comme image publique.
« Back in Your Life » est l’album qui dit le mieux cette façon d’être de Richman en 1979. Il est simple, direct, joyeux et touchant, et ces quatre qualités, qui ne sont pas ordinairement associées au rock, sont précisément ce qui en fait quelque chose d’unique dans la discographie d’une période pourtant très riche.
Jonathan Richman a continué après « Back in Your Life » à développer une oeuvre qui maintient cette qualité de présence directe et d’honnêteté totale qui caractérise tout ce qu’il fait. Ses albums des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, souvent enregistrés en formule très dépouillée, ont maintenu le cap d’une musique simple et sincère dans un contexte pop-rock où la sophistication et la production élaborée étaient la norme. Sa présence dans le film « There’s Something About Mary » des frères Farrelly en 1998 a introduit sa personnalité artistique singulière à un public nouveau qui avait du mal à le catégoriser dans les genres musicaux existants. Cette difficulté de catégorisation est précisément ce qui fait de Richman un artiste précieux : il est inclassable parce qu’il est entièrement lui-même, sans compromis avec les attentes du genre ou du marché. « Back in Your Life » est l’un des documents les plus complets de cette personnalité artistique irréductiblement originale.
Jonathan Richman incarne une façon d’être artiste qui refuse toute complaisance envers les conventions du milieu musical. Cette intégrité, maintenue tout au long d’une carrière longue et singulière, fait de chaque album qu’il a produit un témoignage authentique de qui il est plutôt qu’une adaptation aux attentes d’un marché.
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