Baby James Harvest
Barclay James Harvest. Oldham, Lancashire, 1972. Leur troisième album et le premier qui mérite vraiment l’attention de quiconque s’intéresse au rock progressif orchestral britannique. Barclay James Harvest était souvent comparé aux Moody Blues, comparaison flatteuse mais insuffisante : là où les Moody Blues fusionnaient le rock et la musique symphonique avec une architecture grandiose et délibérément majestueuse, BJH avait quelque chose de plus mélancolique et de plus intime, une façon de marier les textures orchestrales et la chanson folk pop qui créait une atmosphère de recueillement doux et de beauté fragile.
Le groupe avait été fondé à Saddleworth, dans le Yorkshire, vers 1966-1967. John Lees à la guitare et au chant, Les Holroyd à la basse et au chant, Stewart « Woolly » Wolstenholme aux claviers et au chant, Mel Pritchard à la batterie : quatre musiciens du nord de l’Angleterre dont la vision de la musique était nourrie autant par les traditions folk britanniques que par le rock américain et les ambitions orchestrales du rock progressif.
« Baby James Harvest » est le premier de leurs albums à avoir véritablement trouvé leur son définitif. Les arrangements orchestraux de Mel Pritchard et Wolstenholme ont la qualité des grandes partitions pour ensemble de chambre : chaque instrument, chaque ligne mélodique, a sa raison d’être et contribue à un tout cohérent. Il n’y a pas d’ostentation dans ces arrangements, pas de désir de montrer la complexité pour la complexité. Il y a juste le service de la chanson.
Les harmonies vocales à trois voix du groupe ont une qualité et une beauté particulières. Trois voix distinctes, avec des timbres différents et des registres complémentaires, qui se fondent dans des harmonies dont la richesse et la chaleur sont immédiatement reconnaissables. Cette qualité vocale collective était le signe d’un groupe qui avait passé des années à travailler ensemble et à apprendre à s’écouter mutuellement.
Harvest Records, filiale expérimentale d’EMI qui donnait son nom à des paysages ruraux et à des récoltes plutôt qu’aux vertiges électriques du rock, était le label naturel pour un groupe comme Barclay James Harvest. D’autres artistes de Harvest incluaient Pink Floyd et Soft Machine : la filiale avait une politique artistique cohérente et courageuse qui permettait à des musiques non conventionnelles de trouver leur public.
Barclay James Harvest a connu au fil des années une popularité considérable en Europe continentale, particulièrement en France et en Allemagne, où le goût du public pour le rock progressif mélancolique et orchestral était plus développé que dans les pays anglo-saxons. Leurs concerts en Allemagne de l’Ouest dans les années 1970 et 1980 attiraient des foules qui rivaliseraient avec les plus grandes stars britanniques.
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