Sortie 1973
Genres folk rock · songwriter

La langue de l’espace

1973. Magma publie Mekanik Destruktïw Kommandöh (et Aquashow en live), et propose à un public européen curieux et déconcerté une musique qui n’a aucun équivalent dans l’histoire du rock. Le groupe français fondé par le batteur Christian Vander en 1969 a développé depuis sa création une cosmogonie musicale entièrement originale : des concerts qui ressemblent à des cérémonies religieuses, une musique qui mélange la puissance physique du rock, la complexité harmonique et contrapuntique de Johann Sebastian Bach et de John Coltrane, et des textes chantés dans une langue inventée appelée le Kobaïan.

Le Kobaïan est la langue d’un peuple fictif de la planète Kobaïa, refuge des humains qui ont fui la Terre condamnée, dans la mythologie élaborée par Vander. Chanter dans une langue inventée libère la musique de toute signification littérale : les syllabes deviennent des sons purs, avec des textures et des rythmes propres, qui servent la musique plutôt que de lui imposer les contraintes du langage naturel. C’est une idée radicale, et elle donne à la musique de Magma une dimension rituelle et hypnotique unique.

Christian Vander bat de la batterie comme une force de la nature, avec une puissance physique qui rappelle Elvin Jones ou John Bonham et une complexité rythmique qui est totalement sienne. Ses formations successives de Magma ont inclus des musiciens de jazz, de classique et de rock, et cette diversité de backgrounds se retrouve dans la façon dont la musique avance : pas de manière linéaire, mais en spirale, en accumulation, en répétitions qui changent et évoluent imperceptiblement.

Zeuhl : un genre à part entière

La musique de Magma a engendré un genre musical qu’on appelle le Zeuhl, du nom d’un mot Kobaïan qui signifie « céleste ». Ce genre a des caractéristiques reconnaissables : les basses qui jouent des figures répétitives hypnotiques, les choeurs à l’unisson qui énoncent des mélodies en Kobaïan avec une intensité d’opéra, les batteries qui jouent des patterns complexes avec une lourdeur physique remarquable, les cuivres et les claviers qui créent des harmonies qui évoquent à la fois la musique contemporaine et le rhythm and blues.

Les performances de Magma sont des événements. Les musiciens ne jouent pas « normalement » : ils incarnent leurs personnages Kobaïens, entrent en état de transe musicale, et demandent la même chose au public. Les concerts de Magma pendant les années 1970 étaient des expériences totales qui duraient plusieurs heures et qui laissaient les spectateurs épuisés et transfigurés.

Vander a dit avoir reçu la musique de Magma comme une révélation, une communication divine sous forme sonore. Que cette expérience spirituelle soit prise littéralement ou métaphoriquement, elle informe tout ce que le groupe a produit : une musique chargée d’urgence et de conviction, qui ne cherche pas à plaire mais à transformer.

L’influence souterraine

Magma n’a jamais eu de succès commercial significatif hors de France et de quelques pays européens. Mais leur influence sur la musique expérimentale, le math rock, le post-rock et le metal progressif est réelle et profonde. Des musiciens de Tool, d’Opeth, de Univers Zero citent Magma comme influence. C’est une de ces influences souterraines qui circulent entre musiciens et qui façonnent le son de génération en génération sans jamais s’afficher en haut des charts.

La note des passionnés

4,0 /5

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