Sortie 1971

1971. La scène rock britannique est en pleine ébullition créatrice. Entre les géants du rock progressif qui construisent des cathédrales sonores et les groupes de blues-rock qui gardent la foi dans la tradition, il y a une zone intermédiaire de groupes moins immédiatement célèbres qui font néanmoins une musique d’une honnêteté et d’une qualité remarquables. Ces groupes de second plan, injustement ignorés par les chroniqueurs de l’époque et redécouverts par les collectionneurs de vinyle et les archivistes du rock, constituent le tissu vivant d’une scène musicale en bonne santé.

Dans ce contexte, un album comme « Obsolete » est le produit d’une époque où les maisons de disques britanniques, convaincues par le succès commercial du rock progressif, étaient prêtes à financer des expériences et à donner leur chance à des groupes qui n’auraient peut-être pas trouvé d’éditeurs dans d’autres circonstances. Island Records, Charisma, Vertigo, Harvest : ces labels étaient les gardiens d’une musique alternative qui cherchait à s’inscrire dans la durée plutôt que dans l’immédiat commercial.

Le rock britannique de 1971 était traversé par plusieurs grands courants. Le blues-rock hérité des années 1960 continuait d’alimenter des groupes dont la fidélité aux racines américaines était absolue. Le rock progressif poussait dans des directions de plus en plus complexes et ambitieuses. Le glam rock commençait à pointer son nez avec ses velléités de spectacle et de transgression des codes de genre. Et entre tous ces courants, des groupes qui ne rentraient dans aucune case construisaient une musique qui n’appartenait qu’à eux.

L’aspect le plus fascinant de la scène rock britannique de cette période est sa capacité à produire des groupes originaux dans des conditions économiques et culturelles parfois très difficiles. Les tournées dans les pubs et les salles de taille moyenne, les budgets d’enregistrement limités, la compétition féroce pour obtenir un contrat avec un label de taille suffisante : ces contraintes structurelles n’empêchaient pas l’émergence de voix artistiques distinctes et de musiques qui méritaient d’être entendues.

Les arrangements de cet album révèlent une connaissance approfondie du vocabulaire musical de son époque, une capacité à combiner les éléments du rock classique avec des influences plus contemporaines, et une conscience aigu des possibilités offertes par les studios d’enregistrement modernes. L’utilisation des textures, la construction des dynamiques, l’architecture des morceaux : tout cela témoigne d’une vision musicale cohérente et réfléchie.

Les guitares sont au centre de la musique, comme dans la plupart du rock britannique de cette génération. Elles définissent les humeurs, établissent les atmosphères, servent de fil conducteur entre les différentes sections des morceaux. La basse et la batterie forment un fondement solide sur lequel les éléments mélodiques peuvent s’aventurer sans se perdre. C’est une musique qui sait ce qu’elle veut être.

Ces albums que l’histoire a négligés méritent l’attention des auditeurs curieux. Dans le vaste corpus du rock britannique de 1971, « Obsolete » représente une contribution honnête et sincère d’artistes qui croyaient dans leur musique et la faisaient avec tout ce qu’ils avaient. Ce n’est pas rien. C’est souvent ce qui compte le plus.

Sur X : @britishrock71

La note des passionnés

4,0 /5

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Obsolete