2000 Album

Veni Vidi Vicious

par The HIVES

4,0
Sortie 2000
Artiste The HIVES

Veni Vidi Vicious, THE HIVES (2000) : vingt-huit minutes pour rafler la mise

Vous cherchez la definition du mot fulgurance ? Elle tient en vingt-huit minutes chrono et porte un costume noir et blanc tire a quatre epingles. Paru en avril 2000 chez Burning Heart en Suede, deuxieme album de cinq garcons d’Orebro, Veni Vidi Vicious est une declaration de guerre au garage rock laque et fatigue de la fin des annees 90. Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu : le titre dit tout, et la musique tient la promesse avec une arrogance rejouissante.

Howlin Pelle et la mecanique de precision

Au chant, Howlin Pelle Almqvist joue les bonimenteurs de foire, mi-predicateur mi-camelot, capable de haranguer une salle comme un dompteur. A ses cotes, son frere Nicholaus Arson a la guitare solo, Vigilante Carlstroem a la rythmique, Dr Matt Destruction a la basse et Chris Dangerous a la batterie forment une machine de precision suisse, sauf qu’elle est suedoise. Tout ici est court, sec, calibre au millimetre. Pas une seconde de gras, pas un solo qui traine. Le punk rencontre la pop des sixties dans une cabine telephonique.

Le mystere Randy Fitzsimmons

Toutes les chansons sont creditees a un certain Randy Fitzsimmons, sixieme membre fantome presente comme le manager, le mentor et le cerveau cache du groupe. Personne ne l’a jamais vu, et l’on soupconne fortement qu’il s’agit d’un pseudonyme maison, l’oeuvre de Nicholaus Arson selon la rumeur la plus tenace. Le groupe a toujours entretenu le brouillard avec une malice de gamins farceurs. Cette mythologie de pacotille fait partie du charme : les Hives se construisent en personnages de bande dessinee, et l’on marche a fond.

Hate to Say I Told You So, le riff qui tue

Le sommet du disque s’appelle « Hate to Say I Told You So ». Un riff staccato qui rentre dans le crane comme un clou, un refrain de cour de recre et une assurance insolente : je vous l’avais bien dit. C’est le genre de chanson qui semble avoir toujours existe tant elle paraît evidente. Autour, « Main Offender » cogne avec la meme energie, « Die, All Right » deboule comme un train et « The Hives Are Law, You Are Crime » affiche le programme dans son titre. Tout le disque file a la vitesse d’un braquage reussi.

Costumes assortis et provocation scenique

L’autre arme des Hives, c’est l’image. Costumes noir et blanc rigoureusement assortis, attitude de dandys voyous, sens du spectacle pousse jusqu’a la caricature assumee. Sur scene, Howlin Pelle se prend pour une rock star avant meme d’en etre une, et cette confiance demesuree finit par devenir contagieuse. Dans un paysage rock du debut des annees 2000 souvent avachi, cette elegance tape-a-l-oeil claque comme une gifle bienvenue. Les Hives soignent le packaging autant que le contenu, et c’est tres bien ainsi.

Une bombe a retardement

Le plus drole, c’est que le disque met deux ans a exploser pour de bon. Reedite en 2002 chez Sire au moment ou les Strokes et les White Stripes relancent la fievre du garage rock, Veni Vidi Vicious trouve enfin son public mondial et propulse « Hate to Say I Told You So » dans les charts britanniques. Les Suedois deviennent alors l’un des fers de lance du renouveau garage, aux cotes des New-Yorkais et des gens de Detroit. Salue par la critique avec un enthousiasme quasi unanime, l’album figurera plus tard dans les listes des meilleurs disques de la decennie.

Le pari suedois

N’oublions pas d’ou viennent ces gaillards : la Suede, pays qui n’a alors rien d’une terre promise du rock garage. Le label Burning Heart, base a Orebro, s’est plutot fait connaître pour son punk et son hardcore, abritant des groupes comme Refused, autre fleuron suedois explosif de la fin des annees 90. Les Hives heritent de cette energie punk, de cette rigueur scandinave, et la marient a leur amour du rock and roll primitif et de la pop sixties. Le resultat detonne dans le paysage. Loin des clivages americains entre Detroit et New York, ces Suedois debarquent comme des extraterrestres parfaitement coiffes, avec un sens de la formule et du spectacle qui leur vaudra rapidement une reputation de bete de scene redoutable. Le pari etait improbable, le succes ne tombait pas du ciel pour un groupe venu du nord de l’Europe chanter en anglais un rock americain. Et pourtant, a force de chansons imparables et d’aplomb demesure, les voila qui s’imposent. La Suede tient son ambassadeur le plus stylé.

La lecon de concision

Reecoutez Veni Vidi Vicious aujourd’hui : la lecon reste intacte. Voila comment l’on dit l’essentiel sans bavarder, comment l’on transforme l’arrogance en art et trois accords en evidence. Les Hives n’ont rien invente, ils l’avouent eux-memes avec un sourire en coin, mais ils ont remis le garage rock sur ses rails avec une efficacite redoutable et un sens du panache rare. Vingt-huit minutes, douze titres, zero temps mort. Dans un monde de disques trop longs et trop bavards, ce petit brulot suedois ressemble a un manifeste. Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu : difficile de leur donner tort.

La note des passionnés

4,0 /5

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