Vegetarians of Love, Bob GELDOF (1990) : la legerete retrouvee de Saint Bob
On connaissait Bob Geldof le rockeur des Boomtown Rats, on connaissait surtout Bob Geldof l’organisateur du Live Aid, ce concert planetaire de 1985 contre la famine en Ethiopie qui avait fait de lui une figure morale mondiale, surnommé Saint Bob. Mais on connaissait moins Bob Geldof le chanteur folk, detendu et chaleureux. C’est pourtant ce visage-la qu’il revele en 1990 avec Vegetarians of Love, un disque solo plein de charme et d’humanite.
L’apres Live Aid
Apres l’aventure colossale du Live Aid, comment revenir a la simple condition de musicien ? Geldof aurait pu se contenter de son auréole d’humaniste, mais il choisit de retrouver le chemin des chansons, debarrasse de toute pression commerciale. Vegetarians of Love respire cette liberte : un disque fait pour le plaisir, sans calcul, ou l’ancien punk des Boomtown Rats se montre etonnamment apaise et tendre.
The Great Song of Indifference, la perle
Le sommet du disque, c’est « The Great Song of Indifference ». Sur un rythme entrainant aux accents folk irlandais, presque une gigue, Geldof chante sur le ton de l’humour son indifference feinte face aux malheurs du monde. Derriere la legereté apparente perce une vraie reflexion sur l’engagement et le detachement, sur la fatigue d’avoir trop porte le poids des autres. Le morceau devient un petit tube, son plus grand succes solo.
Un folk metisse
Musicalement, Vegetarians of Love puise dans les traditions folk, irlandaises bien sur, mais aussi cajun, country et americana. Violons, accordeons, instrumentations acoustiques chaleureuses : le disque sonne organique et vivant, loin des productions synthetiques de l’epoque. Geldof y deploie une palette plus riche que ce qu’on pouvait attendre du rockeur a la voix eraillée, prouvant qu’il etait aussi un mélomane curieux et un songwriter sensible.
L’homme derriere l’icone
Ce disque a quelque chose de touchant parce qu’il montre l’homme derriere l’icone. Apres avoir incarné la conscience du monde, Geldof redevient un artiste comme un autre, faillible, drole, humain. Les chansons parlent d’amour, de doute, de la difficulte de vivre, avec une sincerite desarmante. On sent un homme qui cherche a se reconcilier avec lui-meme, a retrouver le simple bonheur de faire de la musique pour elle-meme.
Un disque attachant et meconnu
Vegetarians of Love ne bouleversera pas l’histoire de la musique, mais il occupe une place a part dans le parcours de Bob Geldof : celle d’un retour aux sources, d’une respiration apres les tourmentes. C’est le disque d’un homme qui, apres avoir voulu sauver le monde, se contente enfin de chanter ce qu’il ressent. Reécoutez « The Great Song of Indifference » et sa gigue entrainante : derriere le sourire en coin, il y a toute la lassitude lucide d’un homme qui en a trop vu, et qui a choisi malgre tout de continuer a chanter. Un bel album de la maturite.
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