Klaus Schulze a été le premier batteur de Tangerine Dream avant d’entamer une longue carrière solo. Grand spécialiste de la musique planante et initiateur de la musique électronique (voire de l’ambient)… Timewind est, au milieu des années 70, l’album le plus accompli de sa discographie.
Berlin, le studio et l’espace
Klaus Schulze naît à Berlin en 1947. Il commence sa carrière comme batteur, jouant avec Tangerine Dream sur leur premier album « Electronic Meditation » en 1969, puis avec Ash Ra Tempel en 1971. Mais très rapidement, il comprend que son destin est du côté des synthétiseurs et des séquenceurs, ces machines qui viennent de transformer la musique de studio en laboratoire de possibilités infinies. Il quitte les groupes pour se consacrer à une carrière solo qui sera l’une des plus longues et des plus cohérentes de la musique électronique mondiale.
En 1975, Schulze travaille dans son studio berlinois avec un arsenal de synthétiseurs Moog, Minimoog, VCS 3 et un orgue Farfisa. Il compose des musiques qui n’ont pas de précédent dans la tradition rock ou classique : des flux sonores en lente évolution, des textures qui changent imperceptiblement sur des durées de trente ou quarante minutes, une musique qui exige de l’auditeur une présence différente, plus méditative, plus patiente.
Wagner à Bayreuth, dans l’électronique
« Timewind » contient deux pièces, une par face du vinyle : « Bayreuth Return » et « Wahnfried 1883 ». Les deux titres font référence à Richard Wagner. Bayreuth est la ville bavaroise où Wagner a construit son théâtre et donné ses grandes oeuvres lyriques. Wahnfried est le nom de la villa de Wagner à Bayreuth, et 1883 est l’année de sa mort. Le lien entre la musique électronique de Schulze et l’opéra wagnérien peut sembler surprenant, mais il est réel : Wagner cherchait à créer une oeuvre d’art totale (Gesamtkunstwerk), une expérience sensorielle et émotionnelle complète qui dépasse les catégories habituelles. Schulze poursuit la même ambition avec d’autres moyens.
« Bayreuth Return » est une immersion de trente minutes dans un son en lente transformation. Il n’y a pas de mélodie au sens conventionnel du terme, pas d’harmonie classique, pas de rythme régulier. Il y a des textures qui évoluent, des nappes sonores qui s’étendent et se contractent, une musique qui s’écoute comme on contemple un paysage en mouvement.
Le Grand Prix du Disque français
« Timewind » reçoit le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros en France en 1976, une reconnaissance exceptionnelle pour un album de musique électronique venu d’Allemagne. La France a toujours eu une relation particulière avec la musique électronique avancée : la tradition de musique concrète de Pierre Schaeffer et Pierre Henry a préparé un public cultivé à ce type d’expérience. « Timewind » trouve ainsi en France une réception enthousiaste qui contraste avec l’indifférence des marchés anglophones.
Klaus Schulze mourra en avril 2022, laissant derrière lui une discographie de plus de cinquante albums solo, sans compter les collaborations avec Pete Namlook, Lisa Gerrard, et bien d’autres. « Timewind » reste le sommet de sa période berlinoise, l’album qui dit le mieux ce qu’était sa vision : une musique qui repousse les frontières du temps et de l’espace, une invitation au voyage immobile.
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