1973 Album

The Tin Man Was a Dreamer

par Nicky HOPKINS

4,0
Sortie 1973

L’homme de l’ombre

1973. Nicky Hopkins publie The Tin Man Was a Dreamer, l’un de ses rares albums en tant qu’artiste principal. Hopkins est né à Londres en 1944 et a passé presque toute sa carrière dans l’ombre d’autres artistes, assis derrière un piano, apportant au travail des autres une sophistication, une sensibilité et une compétence qui ont rendu leurs albums meilleurs sans que son nom soit jamais mis en avant.

La liste de ses apparitions en tant que musicien de session est vertigineuse. Il joue sur Satanic Majesties Request des Rolling Stones et sur Beggar’s Banquet. Il joue sur Kinks Are the Village Green Preservation Society. Il joue sur les albums de Jefferson Airplane. Il joue sur des disques de Steve Miller, de Rod Stewart, de John Lennon. Il joue sur des disques des Who. Sa façon d’entrer dans la musique de quelqu’un d’autre et de la servir exactement de la façon dont elle a besoin d’être servie, sans s’imposer, sans changer la direction de la chanson mais en en doublant la valeur, est un talent rare.

The Tin Man Was a Dreamer est le projet où Hopkins parle enfin en son propre nom. George Harrison, son ami, produit certains des titres et joue de la guitare sur l’album. John Barham fournit des arrangements orchestraux. Le résultat est une oeuvre délicate et mélancolique, ancrée dans le piano mais entourée d’une production qui lui donne une qualité cinématographique.

Un pianiste au service de la mélodie

Le piano de Nicky Hopkins a plusieurs qualités reconnaissables pour qui a l’oreille éduquée. Il joue les basses avec une clarté harmonique qui donne au son une fondation solide. Il orne les mélodies avec des contre-lignes et des broderies qui enrichissent sans alourdir. Il a une façon de jouer le rythme qui fait danser son piano, qui l’anime, qui empêche la musique de se figer. C’est un pianiste de pop et de rock qui a compris ce que le piano peut faire dans ces genres quand il est joué avec goût et intelligence.

La maladie de Crohn dont Hopkins souffrait depuis l’enfance lui avait valu d’être réformé pour inaptitude militaire et avait parfois interrompu sa carrière. Mais sa vitalité musicale et sa capacité à être toujours disponible, toujours en forme pour un enregistrement, témoignent d’une résistance et d’un amour de la musique qui allaient au-delà des contraintes physiques.

Hopkins mourra en 1994 à San Francisco, à cinquante ans, des complications de la maladie de Crohn. Il aura joué sur certains des albums les plus importants de l’histoire du rock et laissé dans chacun d’eux une empreinte qui contribue à leur qualité sans que le grand public ait jamais vraiment su son nom. The Tin Man Was a Dreamer est la preuve qu’il avait aussi quelque chose à dire en son propre nom.

La beauté du piano seul et accompagné

L’album s’ouvre sur des pièces où le piano est exposé avec une grande sobriété, laissant Hopkins développer ses idées mélodiques dans un espace où rien ne vient les couvrir. C’est là que l’on entend le mieux ce que son piano a de particulier : cette façon de faire chanter les notes dans le registre médium, de laisser les harmonies dans la basse résonner sans les étouffer, de construire une mélodie en laissant les silences participer à la construction.

Les arrangements orchestraux de John Barham ajoutent une dimension émouvante à certains titres sans les alourdir. Barham avait travaillé avec Harrison sur plusieurs projets et connaissait la façon dont un orchestre peut soutenir une musique de chambre sans la transformer en quelque chose de trop grand. The Tin Man Was a Dreamer reste dans cette juste mesure tout au long de son déroulement.

La note des passionnés

4,0 /5

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The Tin Man Was a Dreamer