The Music Emporium
The Music Emporium, The Music Emporium (1969) : une curiosite precieuse du rock psychedelique americain
The Music Emporium est l’un de ces groupes que l’histoire officielle du rock a largement oublies mais que les collectionneurs et les amateurs de musique psychedelique americaine connaissent et cherissent avec une ferveur quasi-religieuse. Groupe de Boston, Massachusetts, actif a la fin des annees 60, il enregistre cet unique album auto-intitule en 1969 pour le label Sentinel, une des petites structures independantes qui pullulent dans l’Amerique musicale de cette periode, en dehors des grands circuits de distribution new-yorkais et californiens. L’album, tire a un nombre limite d’exemplaires, circule principalement dans la region de Boston et ses environs, trouve un public d’inities qui le fait passer de main en main, et disparait rapidement des circuits commerciaux. Pendant des decennies, il sera l’un des disques les plus recherches par les collectionneurs de psychedelica americaine, un objet rare dont la presence dans une collection temoigne d’une passion et d’une perseverance peu communes.
Le rock psychedelique de Boston est un phenomene distinct du rock psychedelique californien. La-bas, sur la cote Ouest, le psychedelisme musical est associe au soleil, aux plages, a une certaine insouciance hedoniste. A Boston, c’est different. La ville est froide une bonne partie de l’annee, avec une tradition intellectuelle et universitaire qui teinte tout, y compris la musique. Les groupes de la scene de Boston ont souvent un cote plus sombre, plus introspectif, plus cerebral que leurs homologues californiens. The Music Emporium appartient a cette tradition bostonienne : une musique psychedelique avec un serieux dans l’approche, une ambition dans la composition qui va au-dela de l’effet sonore immediat pour chercher quelque chose de plus profond et de plus durable.
Le psychedelisme de chambre
Ce qui caracterise The Music Emporium, c’est un sens de la construction melodique et harmonique qui depasse les conventions du rock psychedelique de l’epoque. Les chansons ont des structures elaborees, avec des transitions inhabituelles, des modulations harmoniques imprevues, des changements de tempo et de metre qui temoignent d’une education musicale serieuse et d’une curiosite insatiable. On pense parfois a Procol Harum, parfois a Big Star, parfois a des formations de pop baroque californienne comme The Left Banke. Mais The Music Emporium a une couleur propre, un son distinctif qui leur appartient et qu’on ne trouve pas ailleurs.
Les harmonies vocales sont l’un des points forts de l’album. Plusieurs voix qui s’entrelacent avec une precision et une musicalite qui rappellent les meilleurs moments de la tradition harmonique americaine, de The Beach Boys aux Mamas and the Papas. Ces harmonies donnent a la musique une dimension de beaute formelle qui contraste avec la rugosite du rock psychedelique plus typique de la periode. The Music Emporium ne crie pas. Il chante, doucement, intensement, avec une conviction que le volume eleve n’est pas necessaire pour communiquer la profondeur d’une emotion ou la complexite d’une vision.
Les disques comme The Music Emporium sont les tresors caches de l’histoire du rock, les oeuvres qui n’ont pas trouve leur public a leur epoque mais dont la qualite resiste a toutes les revisions du temps. Ils rappellent que la musique populaire americaine de la fin des annees 60 etait d’une richesse extraordinaire, que les grands noms celebres ne sont que la partie visible d’un iceberg immense, que sous la surface il existe des dizaines, des centaines de groupes qui ont fait de la musique importante et belle sans que personne ne le sache vraiment a l’epoque. C’est le role des collectionneurs et des chercheurs en musique de les retrouver et de les faire connaitre au public contemporain qui les merite. The Music Emporium merite ce travail de retrouvaille, cette patience du decouvrant.
La redecovuerte de groupes comme The Music Emporium s’inscrit dans un mouvement plus large de reevaluation de la production musicale americaine de la fin des annees 60, un mouvement qui s’est accelere dans les annees 90 et 2000 avec la multiplication des reissues et des compilations consacrees au psychedelisme underground americain. Des labels specialises comme Sundazed, Numero Group ou Now-Again Records ont fait un travail considerable pour exhumer ces oeuvres oubliees, les remettre en circulation et les faire connaitre a de nouveaux auditeurs. Ce travail de memoire musicale est essentiel : il rappelle que l’histoire officielle du rock, telle qu’elle est racontee dans les grands musees et les encyclopedies grand public, n’est qu’une selection partielle d’une realite bien plus riche et bien plus diverse. The Music Emporium represente cette richesse invisible, cette profondeur de champ qu’on ne voit que si on accepte de s’ecarter du chemin balis et de s’aventurer dans les marges, la ou les meilleures surprises attendent ceux qui ont la patience de chercher.
Il y a quelque chose de profondement democratique dans l’attention que les collectionneurs de rock psychedelique portent aux groupes comme The Music Emporium. Cette attention dit que la musique n’a pas besoin de l’approbation de l’industrie pour avoir de la valeur, que le succes commercial n’est pas le critere ultime de l’importance artistique, que les oeuvres les plus genuines naissent parfois dans les endroits les moins vus et les moins celebres. Le collectionnisme de disques rares est souvent presente comme une pratique elitiste, reservee a ceux qui ont le temps et l’argent de chercher dans les bacs des disquaires de province et de payer des prix eleves pour des editions originales. Mais il y a dans cette pratique aussi une forme de resistance culturelle, un refus de laisser l’histoire officielle de la musique etre ecrite uniquement par les grandes maisons de disques et les grands medias. The Music Emporium existait. Sa musique etait belle. Et cette beaute merite d’etre preservee et transmise.
« Les disques comme celui-ci sont le veritable tresor du rock americain. Pas les hits, pas les stars, mais ces oeuvres obscures et parfaites qui attendent d’etre decouvertes. » (Lenny Kaye, guitariste et archiviste)
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