1969 Album

The Age of Aquarius

par The 5th DIMENSION

4,0
Sortie 1969

The Age of Aquarius, The 5th DIMENSION (1969) : Quand Broadway rencontrait l’Amérique noire dans un bain de soleil

Le printemps 1969. L’Amérique est en feu, au propre comme au figuré. Le mouvement pour les droits civiques a survécu à l’assassinat de Martin Luther King. Les manifestations contre la guerre du Vietnam secouent les campus. Woodstock approche. Dans ce contexte explosif, un groupe de soul-pop californienne nommé The 5th Dimension prend deux chansons d’une comédie musicale de Broadway qui dure depuis deux ans et les transforme en l’hymne de toute une génération. « Aquarius/Let the Sunshine In » est numéro un pendant six semaines aux États-Unis au printemps 1969, et l’album dont il est extrait, The Age of Aquarius, atteint la deuxième place des charts. Pour un groupe que l’intelligentsia du rock snobait comme trop commercial, trop lisse, trop propre, c’est une victoire considérable. Et une vengeance douce contre tous ceux qui n’avaient pas compris de quoi il retournait.

Hair, l’astrologie et le pouvoir de l’harmonie vocale

The 5th Dimension, formé à Los Angeles en 1966, est l’un des ensembles vocaux les plus sophistiqués de leur époque. Marilyn McCoo, Billy Davis Jr., Florence LaRue, Lamonte McLemore et Ron Townson ont des voix qui s’assemblent avec une précision quasi-architecturale, construisant des harmonies qui appartiennent à la même tradition que les Spoonful de New York ou les Beach Boys de Californie, mais avec une chaleur soul typiquement afro-américaine qui les distingue immédiatement. Le groupe a déjà remporté un Grammy pour « Up, Up and Away » en 1967. Mais c’est l’album The Age of Aquarius, sorti en mai 1969, qui les propulse dans une autre dimension encore, si l’on ose la métaphore.

Le coup de génie, c’est l’idée d’enchaîner « Aquarius », la chanson d’ouverture de la comédie musicale Hair écrite par James Rado, Gerome Ragni et Galt MacDermot, avec « The Flesh Failures (Let the Sunshine In) », le finale du même spectacle. Le producteur Bones Howe a l’intuition que ces deux morceaux, séparément trop fragmentaires, forment ensemble quelque chose de complet et de puissant. La version médley de sept minutes transforme une création de Broadway en une expérience de soul oratorio, une liturgie laïque de l’espoir et de la fraternité. « When the moon is in the seventh house / And Jupiter aligns with Mars » : ces paroles astrales résonnent comme un serment au moment où l’Amérique a plus que jamais besoin d’y croire. Et la voix de Marilyn McCoo, pure et déterminée, porte le message avec une conviction qui ne ressemble pas à de la performance mais à de la foi. L’album contient également d’autres moments forts, notamment « Wedding Bell Blues », qui deviendra le troisième numéro un de l’année 1969 pour le groupe, ou « Workin’ on a Groovy Thing », portrait d’une génération qui cherche sa place dans un monde incertain.

« Aquarius/Let the Sunshine In » a remporté le Grammy Award du disque de l’année et de la meilleure performance vocale pop par un groupe aux Grammy Awards de 1970, la deuxième fois que The 5th Dimension remportait le disque de l’année.

Il faut replacer cet album dans son contexte pour comprendre son importance. En 1969, la musique soul et R&B était encore en grande partie confinée aux charts soul séparés que Billboard maintenait, une forme de ségrégation commerciale qui reflétait les divisions raciales de la société américaine. The 5th Dimension, avec leur mélange de sophistication pop et de chaleur soul, étaient l’un des groupes qui traversaient ces frontières avec le plus de naturel, touchant simultanément les publics blanc et noir. Le succès d' »Aquarius/Let the Sunshine In » dans les charts pop mainstream représente donc quelque chose de plus qu’une victoire commerciale : c’est une forme modeste mais réelle d’intégration culturelle au moment où l’Amérique en avait le plus besoin.

Aujourd’hui, cinquante ans après sa sortie, « Aquarius/Let the Sunshine In » reste l’une des chansons les plus reconnaissables de son époque, associée de façon indélébile aux images d’un été 1969 qui voulait croire que quelque chose de neuf était possible dans l’Amérique déchirée de Nixon. L’âge du Verseau n’est peut-être jamais vraiment arrivé, mais The 5th Dimension a eu la grâce et le talent de faire croire, le temps d’une chanson, qu’il était possible.

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

The Age of Aquarius