Technique, NEW ORDER (1989) : la melancolie passe au club
New Order, c’est l’histoire d’un groupe ne d’un deuil. Apres le suicide de Ian Curtis et la fin de Joy Division, les musiciens survivants ont choisi de transformer leur peine en danse, de marier la noirceur post-punk aux pulsations electroniques. En 1989, ils poussent cette logique a son sommet avec Technique, paru sur le mythique label Factory. Un disque solaire et hedoniste, ne de la rencontre entre la grisaille de Manchester et le soleil d’Ibiza.
Ibiza, laboratoire d’euphorie
Une partie de l’album est enregistree sur l’ile espagnole, alors en pleine ebullition. La scene acid house y explose, les clubs deversent leurs beats hypnotiques jusqu’a l’aube, l’ecstasy circule, l’euphorie est generale. New Order s’imbibe de cette atmosphere et l’injecte dans sa musique. Le resultat est detonnant : la mélancolie congenitale du groupe se trouve soudain emportee dans un tourbillon de joie chimique, comme un coeur lourd qui se mettrait enfin a danser.
Fine Time, le grand saut electronique
« Fine Time » ouvre le disque sur une declaration d’intention sans equivoque : voici New Order converti a l’acid house. Basse caoutchouteuse, beats programmes, voix grave passee a la moulinette, la chanson assume pleinement son hedonisme de piste de danse. Le groupe, pionnier de la fusion entre rock et musique electronique depuis « Blue Monday », franchit ici une nouvelle etape, plus radicale, plus dansante que jamais.
La pop qui perce sous les beats
Mais New Order n’oublie jamais d’ou il vient. Sous les rythmes synthetiques affleurent toujours ces melodies douces-ameres, ces lignes de basse melodiques signees Peter Hook qui sont la marque de fabrique du groupe. « Round & Round » et « Run » equilibrent parfaitement l’electronique et la chanson, la machine et l’emotion. La voix fragile de Bernard Sumner, jamais virtuose, porte une tristesse retenue qui contraste magnifiquement avec l’allegresse des arrangements.
Madchester en marche
Technique arrive au moment ou Manchester devient l’epicentre de la culture jeune britannique. Le mouvement Madchester, melange de rock, de dance et de drogues festives, s’apprete a conquerir le pays avec les Stone Roses et les Happy Mondays. New Order, par son label Factory et sa boite de nuit l’Hacienda, est au coeur de cette effervescence. Le groupe en est a la fois le parrain et l’un des plus brillants representants.
Un equilibre miraculeux
Numero un des charts britanniques a sa sortie, Technique reste pour beaucoup le chef-d’oeuvre de New Order, le disque ou tous les elements s’assemblent dans un equilibre parfait. La fete et le deuil, la machine et le coeur, Manchester et Ibiza : tout coexiste sans jamais se contredire. C’est la magie singuliere de ce groupe que d’avoir su faire danser sa propre melancolie, de transformer la perte en celebration. Trente ans plus tard, « Fine Time » et « Round & Round » font encore vibrer les pistes, et la tristesse lumineuse de New Order n’a rien perdu de son etrange beaute. Le son d’une jeunesse qui dansait pour ne pas pleurer.
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