2001 Album

Get Ready

par NEW ORDER

4,0
Sortie 2001
Artiste NEW ORDER

Get Ready, NEW ORDER (2001) : les pionniers rebranchent les guitares

Apres huit longues annees de silence, comment les inventeurs de la dance-music intelligente font-ils leur retour ? En empoignant les guitares. Get Ready, septieme album de New Order paru en 2001, marque le grand retour d’un groupe legendaire, ne des cendres de Joy Division. Surprise : plutot que de remettre les machines en route, le quatuor de Manchester opte pour un son plus rock, plus brut, plus electrique. Un disque vigoureux et inspire, qui prouve que les pionniers n’avaient rien perdu de leur flair, ni de leur capacite a se reinventer.

L’heritage de Joy Division

On ne comprend pas New Order sans Joy Division. C’est de la tragedie, le suicide du chanteur Ian Curtis en 1980, qu’est ne ce groupe : les trois membres survivants, rejoints par Gillian Gilbert, refusant de continuer sous le nom maudit, fondent New Order et reinventent leur musique. Des tenebres post-punk de Joy Division, ils tirent une pop electronique lumineuse et dansante, devenant les rois des annees 80 avec des hymnes comme Blue Monday. Get Ready s’inscrit dans cette longue histoire, celle d’un groupe qui a su transformer le deuil en creation perpetuelle.

Huit ans de silence

Depuis Republic en 1993, New Order s’etait fait discret, chaque membre vaquant a ses projets. Le retour avec Get Ready avait donc valeur d’evenement. Le groupe revient avec l’envie de jouer ensemble, en formation rock, retrouvant l’energie d’un combo electrique plutot que celle d’un studio bourre de synthetiseurs. Ce choix, qui pouvait surprendre de la part de pionniers de l’electronique, traduit un besoin de fraîcheur, de spontaneite, de retour a l’essentiel. Les guitares de Bernard Sumner reprennent du service, la basse melodique de Peter Hook retrouve le devant de la scene.

Crystal et la naissance des Killers

Le premier single, « Crystal », est un petit bijou de pop-rock electrique, l’un des plus beaux morceaux du retour. Mais son clip recele une anecdote savoureuse : on y voit un faux groupe jouer, baptise The Killers. Cette fiction inspirera un vrai groupe de Las Vegas, qui choisira de s’appeler ainsi en hommage. Voila comment New Order, sans le savoir, aura tenu sur les fonts baptismaux l’un des grands groupes de rock de la decennie suivante. Un clin d’oeil du destin, une transmission souterraine, comme le rock en reserve parfois aux amateurs d’histoires.

Le retour aux guitares

Tout Get Ready respire ce parti pris electrique. « 60 Miles an Hour », « Someone Like You » et les autres titres deroulent un rock energique, plus direct et moins cerebral que les productions dance du groupe. Cela ne signifie pas que New Order renie son heritage electronique, mais qu’il choisit cette fois de privilegier la chair des guitares, la pulsation d’un groupe qui joue ensemble. Cette mue, loin de trahir leur identite, la renouvelle, prouvant que ces musiciens savaient encore surprendre apres plus de vingt ans de carriere. Une cure de jouvence rock bienvenue.

Des invites de prestige

Pour ce retour, New Order s’entoure d’admirateurs devenus stars. Billy Corgan, le leader des Smashing Pumpkins, vient preter sa voix et sa guitare sur « Turn My Way », apportant son intensite caracteristique. Bobby Gillespie, de Primal Scream, pose quant a lui son chant sur « Rock the Shack ». Ces collaborations en disent long sur l’aura du groupe, sur l’influence considerable qu’il a exercee sur des generations de musiciens. Recevoir de tels invites, c’est mesurer le respect immense dont jouit New Order dans tout le milieu du rock alternatif et indie.

Le depart de Gillian Gilbert

Ce disque marque aussi un tournant dans l’histoire du groupe. Gillian Gilbert, claviste et membre de longue date, ne s’investit que partiellement dans l’enregistrement, accaparee par sa vie de famille et la maladie de sa fille. Elle quittera le groupe juste apres Get Ready, ne revenant que bien des annees plus tard. Ce depart, dicte par des raisons personnelles douloureuses, clot une periode et fragilise l’equilibre du quatuor. Get Ready apparaît ainsi comme le dernier disque de la formation classique, un point final discret a une longue histoire commune.

Le poids de la basse de Hook

Impossible d’evoquer New Order sans saluer la basse de Peter Hook, l’une des plus reconnaissables de toute l’histoire du rock. Jouee haut sur le manche, melodique, presque chantante, elle a toujours tenu un role de premier plan dans le son du groupe, depuis l’epoque Joy Division. Sur Get Ready, ce retour aux guitares lui redonne d’ailleurs un espace privilegie, ses lignes signature structurant nombre de morceaux. Cette basse melodique, qui dialogue avec la guitare plutot que de se contenter d’accompagner, fait partie de l’ADN de la formation. Elle rappelle a quel point New Order, meme dans ses incarnations les plus electroniques, est reste un groupe ou chaque instrument compte et raconte quelque chose.

Un retour reussi

Reecoutez Get Ready et constatez la reussite de ce retour. Bien accueilli par la critique, qui salua un veritable regain de forme, classe en bonne place dans les charts britanniques, le disque prouva que New Order avait encore beaucoup a dire. En osant le virage rock, en s’entourant d’invites prestigieux, le groupe evita le piege de la nostalgie pure et signa un album vivant, ancre dans son temps. Les pionniers de Manchester, survivants d’une tragedie fondatrice, demontraient une fois de plus leur capacite a renaître. Preparez-vous, disait le titre : New Order etait bel et bien de retour, et toujours aussi pertinent.

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