Avant les stades, avant les bracelets lumineux et les hymnes planétaires, il y eut un disque modeste et mélancolique qui posait les fondations de tout. « Parachutes », premier album de Coldplay paru en 2000, est le portrait d’un groupe d’étudiants timides qui, sans le savoir encore, s’apprêtait à conquérir le monde.
Quatre étudiants londoniens
Chris Martin, Jonny Buckland, Guy Berryman et Will Champion se sont rencontrés sur les bancs de l’University College de Londres. Au tournant du millénaire, ils font partie d’une vague de groupes britanniques mélodiques et introspectifs, dans le sillage de Radiohead, Travis et de l’esprit de Jeff Buckley. Rien ne les distingue encore vraiment, sinon un don certain pour la mélodie qui serre le coeur.
Produit par Ken Nelson avec le groupe, « Parachutes » est un disque doux, presque fragile, enregistré sans grands moyens et porté par une sincérité désarmante. La voix de Martin, haute et tremblante, les arpèges cristallins de Buckland, une section rythmique sobre : tout concourt à créer une atmosphère intime, nocturne, faite de doute et d’espérance mêlés.
Yellow et le morceau qui change tout
Il y a un avant et un après « Yellow ». Cette chanson, avec son riff de guitare immédiatement reconnaissable et son refrain qui monte vers les étoiles, propulse Coldplay hors de l’anonymat. Déclaration d’amour simple et lumineuse, elle devient l’un des grands tubes de l’année et la signature du groupe pour longtemps. Autour d’elle gravitent d’autres joyaux : « Shiver », « Trouble » et son piano mélancolique, « Don’t Panic » et sa douceur résignée.
Le disque tout entier baigne dans une mélancolie tendre, sans jamais sombrer dans le désespoir. C’est une musique de réconfort, qui tend la main plutôt que de fermer le poing, et c’est sans doute ce qui explique son immense pouvoir de séduction. Coldplay invente ici une formule : la tristesse consolante, le chagrin qui se transforme en élan collectif.
Cette douceur a parfois été moquée, accusée de tiédeur par les tenants d’un rock plus rugueux. Mais il y a dans « Parachutes » une justesse émotionnelle qui désarme la critique. Chris Martin chante la fragilité sans pose, avec une sincérité qui touche directement, et le groupe sait laisser respirer ses chansons, ménager le silence et l’espace. Loin des productions surchargées de l’époque, le disque mise sur l’épure et la mélodie nue. C’est cette modestie même qui lui donne sa force, et qui explique que tant d’auditeurs s’y soient reconnus, comme dans le journal intime d’une jeunesse incertaine au seuil d’un nouveau siècle.

Le début d’un phénomène mondial
« Parachutes » remporte le Grammy du meilleur album de musique alternative et s’écoule à des millions d’exemplaires à travers le monde. Pour un premier disque, c’est un triomphe qui dépasse toutes les attentes, y compris celles du groupe lui-même, manifestement dépassé par l’ampleur du phénomène qu’il a déclenché.
Avec le temps, Coldplay deviendra l’un des plus grands groupes de stades de la planète, parfois moqué pour son consensus, toujours adoré par des foules immenses. Mais « Parachutes » garde une place à part dans cette trajectoire : c’est le disque d’avant la gloire, encore innocent, encore fragile, où l’on entend quatre garçons surpris par leur propre talent. La pureté de ces chansons reste intacte, et c’est peut-être encore là, dans ce premier album modeste, que bat le coeur le plus sincère du groupe.
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