2000 Album

No Name Face

par LIFEHOUSE

4,0
Sortie 2000
Artiste LIFEHOUSE

No Name Face, LIFEHOUSE (2000) : l’histoire d’un seul instant suspendu

Il y a des disques qui se resument a une chanson, et ce n’est pas forcement une insulte. Paru le 31 octobre 2000 chez DreamWorks, premier album d’un groupe de Los Angeles mene par un gamin de vingt ans nomme Jason Wade, No Name Face doit toute sa legende a un seul titre. Mais quel titre : « Hanging by a Moment », le single le plus diffuse des Etats-Unis sur l’ensemble de l’annee 2001. Pas mal pour une chanson ecrite, dit son auteur, en cinq ou dix minutes a peine.

Jason Wade, l’enfant prodige melancolique

A la manoeuvre, Jason Wade, vingt ans tout juste, voix eraillee et plume precoce. Le groupe s’appelait d’abord Blyss, et Wade y deverse une melancolie de jeune homme marque par le divorce de ses parents et une enfance baladee. Sa voix evoque immanquablement celle d’Eddie Vedder ou de Scott Stapp, ce timbre rauque et grave devenu la signature du post-grunge americain. Il signe la totalite des douze chansons, recyclant pour partie des demos anterieures, et impose d’emblee un univers d’introspection adolescente assez classique mais sincere.

Hanging by a Moment, le phenomene

Le single phare est une curiosite statistique fascinante. « Hanging by a Moment » n’a jamais atteint la premiere place hebdomadaire du Billboard Hot 100, plafonnant a la deuxieme marche. Et pourtant, grace a une presence interminable dans les charts, cinquante-quatre semaines au compteur, il termine numero un du classement annuel 2001, devant tout le monde. Une regularite de metronome qui en dit long sur l’omnipresence radiophonique du morceau cette annee-la. Le refrain, immediat et aerien, s’accroche a l’oreille et ne la lache plus.

Dieu ou une fille ?

Wade a monte Lifehouse au depart dans un cadre proche de la musique d’eglise, et la question a longtemps couru : « Hanging by a Moment » parle-t-elle d’amour ou de foi ? L’interesse a tranche avec honnetete, expliquant qu’il n’y avait pas vraiment songe en l’ecrivant, que c’est une chanson d’amour qu’on peut lire spirituellement si l’on veut. Et il a refuse l’etiquette de groupe chretien, precisant qu’il etait croyant, comme son bassiste, mais que Lifehouse n’etait pas un groupe religieux. Cette ambiguite a sans doute elargi son public sans jamais le cantonner.

Le reste du disque

Autour du monstre, No Name Face deroule un rock alternatif melodique soigne, produit par Ron Aniello, qui joue lui-meme une bonne partie des instruments. « Sick Cycle Carousel » tient lieu de deuxieme single honorable, et « Everything », piste de cloture devenue culte grace a son utilisation dans la serie Smallville, prolonge l’atmosphere de ferveur retenue. L’ensemble manque parfois de relief et la critique d’alors reste tiede, mais l’efficacite est la, et le public ne s’y trompe pas.

Le triomphe du minivan rock

Car le succes est colossal : double disque de platine aux Etats-Unis, plusieurs millions d’exemplaires ecoules dans le monde. No Name Face devient l’un des emblemes de ce que l’on surnommera le minivan rock, ce rock alternatif policé, melodique et radiophonique qui domine les ondes adultes du debut des annees 2000. Jason Wade assumera lui-meme l’etiquette avec une lucidite desarmante, conscient d’avoir signe la bande-son d’une certaine Amerique periurbaine.

La bande-son d’une epoque

Pour comprendre le triomphe de No Name Face, il faut se replacer dans l’Amerique du tournant des annees 2000. Le grunge s’est eteint avec Kurt Cobain, le nu metal monte en puissance mais sature deja, et les radios cherchent un rock melodique, emotionnel, accessible. Lifehouse arrive pile dans cette breche, aux cotes de groupes comme Creed, Matchbox Twenty ou Train. La voix eraillee de Jason Wade, ses textes d’introspection sincere, ses refrains taillés pour la grande diffusion : tout colle parfaitement a l’air du temps. La chaîne MTV et son emission TRL, les radios adultes, les bandes-son de series televisees comme Smallville et Roswell : autant de relais qui propulsent le groupe dans tous les foyers. « Everything », la piste de cloture, devient meme un hymne pour toute une generation d’adolescents grace au petit ecran. Ce n’est pas un hasard si le disque s’ecoule par millions : il repond a une attente precise, il offre exactement ce que cherche le public de ce moment-la. Une mecanique parfaitement huilee, sincere malgre tout.

Un instant qui dure

Reecoutez No Name Face sans a priori : ce n’est pas le disque du siecle, et personne ne pretend le contraire, surtout pas son auteur, qui avouera s’etre lasse de jouer son tube apres quelques centaines de concerts. Mais c’est un instantane parfait d’une epoque, celle ou le post-grunge melodique regnait sur les radios americaines, ou un refrain bien troussé pouvait occuper les ondes une annee entiere. « Hanging by a Moment » reste de ces chansons que l’on croit connaître depuis toujours. Un seul instant suspendu, et toute une carriere lancee. Parfois, il suffit d’une chanson.

La note des passionnés

4,0 /5

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