Avant les stades, les opéras-rock et la mégalomanie assumée, il y eut ce premier disque nerveux et tourmenté. « Showbiz », premier album de Muse paru en 1999, présente trois adolescents du Devon dévorés d’angoisse et de talent, déjà habités par une intensité qui ne demandait qu’à exploser.
Trois garçons de Teignmouth
Matthew Bellamy, Christopher Wolstenholme et Dominic Howard se sont rencontrés dans la petite ville côtière de Teignmouth. Au tournant du millénaire, le rock britannique cherche des héritiers à Radiohead, et Muse arrive avec une voix de fausset déchirante, des guitares fiévreuses et une charge émotionnelle peu commune. Les comparaisons avec leurs aînés d’Oxford seront immédiates et parfois pesantes.
Produit notamment par John Leckie, qui avait travaillé avec les plus grands, « Showbiz » capte un groupe encore en formation mais déjà doté d’une identité forte. Bellamy y déploie un jeu de guitare virtuose et une voix capable de passer du murmure au cri suraigu, signature qui deviendra la marque du groupe.
Muscle Museum et la fièvre adolescente
« Muscle Museum » est le morceau qui révèle le groupe, avec son riff sinueux et sa montée en tension irrésistible. « Sunburn » ouvre l’album sur un piano nerveux, « Unintended » offre une ballade d’une fragilité poignante, « Cave » et « Showbiz » déploient une rage contenue qui menace constamment d’exploser. L’ensemble respire l’angoisse, le mal-être, la frustration d’une jeunesse qui étouffe dans une petite ville.
Ce qui frappe, c’est l’intensité émotionnelle brute du disque. Muse n’a pas encore les moyens de ses ambitions futures, mais l’énergie est là, dévorante, presque malsaine. Les textes parlent de paranoïa, de relations toxiques, de désespoir adolescent, le tout porté par une voix qui semble toujours au bord de la rupture. C’est un disque de tension permanente, qui ne relâche jamais vraiment la pression.
On sent déjà chez Matthew Bellamy le futur compositeur démesuré, celui qui mêlera plus tard le rock à la musique classique et aux grandes envolées symphoniques. Sur « Showbiz », cette ambition est encore contenue, comprimée dans des formats de chanson plus resserrés, ce qui donne au disque une urgence particulière. Le trio joue comme s’il avait quelque chose à prouver, et cette faim se ressent dans chaque mesure. La virtuosité de Bellamy à la guitare et au piano impressionne déjà, mais elle reste au service de l’émotion plutôt que de l’esbroufe, équilibre que le groupe ne retrouvera pas toujours dans ses albums les plus grandioses.

La première pierre d’un empire
« Showbiz » ne connaît pas un succès immédiat foudroyant, mais il pose les fondations d’une des plus grandes carrières du rock du nouveau siècle. Muse va grandir, gonfler, devenir un groupe de stades aux ambitions démesurées, mêlant rock, électronique et musique classique dans des productions toujours plus grandioses.
Pourtant, ce premier disque garde une place particulière dans le coeur des fans. Il montre le groupe avant la démesure, encore vulnérable, encore proche du sol, avec cette urgence des débuts que la gloire finit toujours par émousser. « Showbiz » est le portrait de trois jeunes gens qui avaient trop de talent et trop d’angoisse pour rester anonymes, et qui s’apprêtaient à conquérir le monde avec leur intensité dévorante.
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